Y a-t-il urgence à réarmer la Défense belge ? Pour le directeur du GRIP Yannick Quéau, interrogé dans Le Soir de ce mercredi, la réponse est ‘non’. « L’urgence n’est pas de se précipiter dans des achats militaires massifs, mais de prendre le temps de planifier« .
Cette notion d’ « urgence » est pourtant au cœur de l’argumentaire du ministre de la Défense Théo Francken pour justifier l’acquisition controversée de matériel anti-drones, dans un contexte marqué par les survols de quartiers militaires et d’infrastructures critiques.
Cet article du Soir, au format « débat » questionnait justement cette « urgence ». « Cette ‘urgence’ justifie-t-elle des procédures d’acquisition plus rapides, voire moins transparentes ? Y a-t-il vraiment urgence ? Si oui, comment y répondre et être certain de faire les bons investissements ?« . Pour y répondre, le journaliste Ugo Santkin a choisi de confronter les opinions de deux experts : à la fois celle de Yannick Quéau, et, en face, celle de Wally Struys, professeur émérite à l’École royale militaire, qui plaide pour un réarmement rapide avec moins de bureaucratie : « Il faut anticiper les besoins et commander avant que la menace ne s’aggrave« , dit-il notamment.
À la question, de savoir si l’urgence peut justifier des procédures d’acquisition accélérées, Yannick Quéau met en garde contre l’affaiblissement des mécanismes de contrôle : « Plus on va vite, plus on supprime les garde-fous et plus on réduit ces achats à une simple décision politique, plus les risques de dérives sont importants. Le marché de l’armement est l’un des plus corrompus au monde. Il faut donc maintenir des contrôles, pouvoir inspecter les procédures et exiger de justifier chaque dépense publique. C’est le principe même de la démocratie. »
Autre point central du débat : le manque de transparence, souvent limitée au nom du « secret-défense« . Pour Yannick Quéau, le secret-défense est trop souvent utilisé pour justifier le manque de transparence en Belgique : « Les États-Unis sont la première puissance militaire mondiale, et pourtant, le niveau de transparence et de contrôle parlementaire y est très élevé. Cela ne nuit en rien à leurs capacités militaires« , souligne-t-il. Il ajoute que cette transparence permet notamment de confronter certains discours officiels à la réalité, citant en particulier les débats autour des F-35.
Un débat à (re)lire sur www.lesoir.be.









