Le conflit syrien a laissé derrière lui une contamination massive du territoire par les mines terrestres et les restes explosifs de guerre (REG) — un terme qui regroupe les munitions non explosées (« unexploded ordnance » ou UXO) et les engins explosifs improvisés (EEI). Le réseau syrien pour les droits de l’homme a recensé au moins 3 521 civils tués et 10 400 civils blessés par des explosions de mines terrestres entre mars 2011 et décembre 2024. Sur la même période, au moins 422 000 incidents liés à des munitions non explosées ont été comptabilisés dans quatorze gouvernorats syriens. Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024, la Syrie a connu une forte hausse de cas associés à la contamination explosive. Cette recrudescence coïncide avec une phase de retour massif des populations déplacées. En effet, près de 1,2 million de Syriens, dont 885 000 déplacés internes, sont rentrés entre décembre 2024 et février 2025. Le retour progressif des communautés les confronte à des paysages saturés de restes explosifs, ce qui entrave la reconstruction et complique les dynamiques de réinstallation.
« Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024, la Syrie a connu une forte hausse de cas associés à la contamination explosive »
Dans le même temps, des changements récents en Europe illustrent une remise en question des cadres normatifs internationaux qui ont été construits précisément pour limiter ces risques pour les civils. Plusieurs États, dont l’Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et l’Ukraine, ont acté ou envisagent un retrait de la Convention d’Ottawa de 1997 sur les mines antipersonnel. Ceci marque un recul normatif, en ce qu’elle réintroduit des armes dont les effets sur les populations civiles sont connus, durables et largement documentés. Cette réalité invite à interroger les arguments avancés par ces États qui reconsidèrent l’interdiction au nom de la défense territoriale, de la dissuasion ou de la protection nationale.
Dans ce contexte, cet éclairage expose les conséquences à long terme de l’usage de ces armes et les limites des justifications sécuritaires avancées pour en légitimer l’emploi. Il propose une analyse en trois temps. Dans un premier temps, il dresse un état des lieux de la contamination explosive en Syrie depuis 2011. Dans un deuxième temps, il met en lumière le retour des déplacés sur des terres contaminées. Dans un troisième temps, il analyse la réponse institutionnelle et les limites structurelles d’un déminage systématique.
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Photo de couverture : Personnel du Centre international d’action contre les mines en Syrie (avril 2026) – crédit : Ministère de la Défense de la Fédération de Russie, CC BY 4.0.
Muzen Ismailovic est chercheuse associée au GRIP. Elle est détentrice d’un master en relations internationales (spécialisation en diplomatie et résolution des conflits) de l’Université catholique de Louvain après avoir obtenu un bachelier en sciences politiques à l’Université de Namur












