En août 2017, la violence exercée par les forces armées du Myanmar contre la population rohingya du nord de l’État de Rakhine provoque l’un des exodes les plus importants d’Asie du Sud-Est contemporaine. En quelques semaines, plus de 700 000 personnes fuient vers le Bangladesh, laissant derrière elles villages, terres agricoles et lieux de culte. Si les massacres et les violences sexuelles ont retenu l’attention internationale un autre aspect de cette campagne mérite que l’on s’y intéresse. Il s’agit de la destruction systématique et prolongée des villages rohingyas après le départ de leurs habitants, et de la dépossession des terres comme instrument central de la violence.
En s’attaquant à la terre, aux lieux de vie et aux espaces de mémoire, la stratégie mise en œuvre au Myanmar est celle d’un effacement durable de la présence rohingya. La destruction de l’espace devient ainsi un levier central de l’éradication d’un groupe de son territoire. Cet éclairage démontre en quoi la destruction systématique des villages rohingyas au Myanmar relève d’une stratégie territoriale délibérée visant à rendre l’exil permanent en effaçant toute possibilité matérielle, juridique et mémorielle du retour.
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Philippine Sottas est chercheuse associée au GRIP et doctorante au Laboratoire de droit International et Européen (LADIE) de l’Université Côte d’Azur. Titulaire d’un master en sécurité internationale, défense et intelligence économique, ses travaux de recherche s’inscrivent dans le champ du droit international pénal. Ils portent plus spécifiquement sur l’appréciation et la hiérarchisation des preuves issues de sources ouvertes dans le cadre de procédures pénales internationales. Ses domaines d’expertise comprennent les droits humains, la justice internationale, les preuves numériques générées par les utilisateurs et les enquêtes en sources ouvertes.



