Le 25 décembre 2025, le président Donald Trump ordonnait des frappes dans l’État du Sokoto, situé au Nord-Ouest du Nigeria. Guidés par des drones MQ-9 Reaper, seize missiles Tomahawk étaient tirés depuis un destroyer de la marine des États-Unis positionné dans le golfe de Guinée, contre un groupe prétendument affilié à l’organisation État islamique (EI). Les dirigeants étasuniens justifiaient ce bombardement en le présentant comme une réaction au « massacre », voire au « génocide », des chrétiens de cette région, un phénomène qui aurait été longtemps « ignoré », « toléré » ou même « facilité » par les autorités nigérianes.
Ces accusations, proférées depuis plusieurs mois aux États-Unis, avaient pourtant été démenties par l’exécutif nigérian. À travers des déclarations et des visites officielles, ainsi que des actions de lobbying aux États-Unis, ces derniers tentaient de convaincre qu’ils luttaient contre une situation sécuritaire préoccupante qui ne pouvait être interprétée uniquement sous l’angle religieux. Malgré ce travail diplomatique, début novembre, Donald Trump avertissait ses homologues nigérians qu’il n’hésiterait pas à recourir à des sanctions économiques et à intervenir militairement s’ils « continuaient de tolérer les meurtres de chrétiens ». En bombardant deux mois plus tard, il mettait donc ses menaces à exécution.
Soucieuses de préserver leur crédibilité, les autorités d’Abuja ont rapidement affirmé après les frappes avoir collaboré à l’opération en fournissant les renseignements ayant servi à orienter les bombardements. Toutefois, derrière cette coopération de façade, ce revirement semble indiquer qu’elles ont été contraintes d’accepter les termes et les modalités « contre-terroristes » imposés par l’administration Trump. Cette situation a conduit certains observateurs à mettre en doute la souveraineté du gouvernement nigérian en la matière, ainsi que plus généralement, à s’inquiéter de l’équilibre réel des partenariats de sécurité entre les États-Unis et les pays africains.
À l’aune de cette séquence politique, cet Éclairage propose d’abord de replacer ces frappes dans l’évolution de la politique étrangère des États-Unis sur le continent africain, en interrogeant la spécificité du second mandat Trump. Sa réélection n’augurait pas une redéfinition drastique des conceptions condescendantes, voire méprisantes, affichées durant son premier mandat. Pourtant, l’analyse montrera que sa politique étrangère transactionnelle particulièrement incisive – fondée sur une logique de « donnant-donnant » bilatérale – n’a pas épargné l’Afrique et qu’elle permet d’éclairer son hostilité à l’égard du Nigeria.
L’étude s’attachera ensuite à montrer que les frappes au Nigeria traduisent l’extension de cette logique transactionnelle au domaine sécuritaire, à travers un usage stratégique du « contre-terrorisme ». L’analyse mettra en évidence le décalage entre les objectifs affichés et les pratiques observées, révélateur d’arbitrages fondés sur la gestion de coûts transactionnels. Elle montrera enfin que cette approche s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement régional, dont les effets fragmentent les dispositifs de coopération africaine en matière de sécurité et de développement.
L’étude conclura que ces frappes s’inscrivent dans une dynamique impérialiste renouvelée, dont les déclinaisons, du Venezuela à l’Iran jusqu’au Nigeria, éclairent les formes contemporaines des tentatives de domination étasunienne.
Télécharger la publication au format PDF
Aller au contenu PDFPhoto de couverture : Visite des représentants de l’US Africa Command (AFRICOM) au Nigeria dans le cadre du renforcement du partenariat sécuritaire entre les deux pays, le 9 février 2026. Crédit : Kenneth Tucceri, US Army, via Wikimedia Commons.
Antoine Younsi est chargé de recherche au sein du GRIP depuis mars 2024. Il est titulaire d’un master de sociologie, parcours « sociétés, pouvoirs et représentations », effectué à l’Université de Bordeaux. Actuellement, il termine son doctorat de relations internationales à l’ULB, qui porte sur les régimes d’actions « contre-terroristes » au Mali. Ses domaines d’expertise portent sur les problématiques relatives aux interventions militaires au Sahel, à l’usage de la force dans les conflits armés contemporains, aux relations civilo-militaires en France, ainsi qu’au rapport entre l’évolution des technologies et des pratiques guerrières.











