Depuis le 15 avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre civile qui oppose les forces armées soudanaises (FAS) – l’armée régulière dirigée par Abdel Fattah al-Burhan, président du Conseil de souveraineté de transition (CST) du Soudan – aux Forces de soutien rapide (FSR) – une force paramilitaire dirigée par Mohamed Hamdan Dogolo, vice-président du CST.
Cette guerre a rapidement provoqué « la pire crise humanitaire et de déplacement au monde » selon les Nations unies (ONU). Les FAS et les FSR ont été accusés, à maintes reprises, d’avoir commis des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire (DIH) dont plusieurs seraient constitutifs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Initialement concentrés à Khartoum, les affrontements se sont rapidement étendus à plusieurs régions du pays, dont le Darfour qui est soumis à un embargo sur les armes de l’ONU depuis juillet 2004. Face à cette escalade, le Bureau du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Amnesty International et Human Rights Watch ont appelé à étendre cet embargo, le jugeant trop restreint et peu respecté.
À l’été 2024, des enquêtes d’Amnesty International et Human Rights Watch ont par ailleurs révélé que des armes et munitions étrangères récemment fabriquées – provenant des Émirats arabes unis, de Russie, de Chine, de Turquie, de Serbie, du Yémen, et d’Iran – ont été importées en grande quantité au Soudan, puis détournées vers le Darfour. Les Émirats arabes unis, en particulier, sont régulièrement mis en cause pour leur implication présumée dans le conflit soudanais qu’ils alimenteraient en armant les FSR. Bien qu’Abu Dhabi réfute toute forme d’implication, le Groupe d’experts de l’ONU sur le Soudan estimait déjà en janvier 2024 que les allégations de soutien militaire des Émirats aux FSR, en violation de l’embargo sur les armes, étaient « crédibles ». Des enquêtes menées entre 2024 et 2025 ont par la suite établi que du matériel militaire de facture française, bulgare et britannique, qui avait été exporté légalement vers les Émirats arabes unis, s’était retrouvé dans les mains des FSR.
Cet Éclairage revient sur le détournement d’armes européennes par les Émirats vers le Soudan pour interroger la rigueur des analyses de risques menées par les États exportateurs face à ces diversions documentées. Il commence par revenir sur le rôle des Émirats en s’intéressant aux types de matériel militaire détournés ainsi qu’aux voies d’acheminement empruntées. Ensuite, il se penche sur les réactions de la France, du Royaume-Uni et de la Bulgarie concernant la présence de leurs armes et munitions au Soudan. Enfin, il revient sur les obligations de ces États exportateurs en matière de prévention et d’évaluation des risques de détournement.
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Photo de couverture : Des soldats des Forces armées soudanaises à Habila dans le Kordofan,
le 26 janvier 2026 – crédit : Unknown author via Wikimedia Commons.











