Gérald Papy, spécialiste de l’actualité internationale au Vif, a consacré une longue interview au directeur du GRIP, Yannick Quéau, dans l’édition du 11 juin. Celui-ci était amené à répondre à la question : « L’Europe connaît-elle une frénésie militariste ? » Autrement dit : le réarmement de l’Europe répond-il à des besoins avérés ? La menace russe est-elle instrumentalisée pour justifier une hausse des dépenses militaires ?
Alors que les budgets de la défense connaissent une augmentation substantielle depuis le début de la guerre en Ukraine, le soutien de l’opinion publique à l’égard de ces dépenses semble s’éroder, au moment même où reviennent au premier plan les enjeux liés à la lutte contre le dérèglement climatique ou encore aux difficultés rencontrées dans le secteur de l’éducation. Selon Yannick Quéau, « pour légitimer les investissements dans la défense, il y a toujours une instrumentalisation politique des priorités de financement des fonctions régaliennes. C’est un argument pour justifier des coupes ailleurs ».
« Pour légitimer les investissements dans la défense, il y a toujours une instrumentalisation politique des priorités de financement des fonctions régaliennes. »
Yannick Quéau, directeur du GRIP
Ces dépenses reposent notamment sur l’idée selon laquelle l’Europe serait insuffisamment préparée face à une éventuelle menace russe. Yannick Quéau nuance toutefois ce constat : « Il n’y a pas d’impréparation ou de naïveté européennes en matière militaire. On dépense trois fois plus que la Russie dans ce secteur. » Selon lui, le problème réside davantage dans le manque de coordination entre les États européens que dans l’insuffisance des moyens consacrés à la défense. « La défense est une fonction régalienne qui dépend des États. S’ils doivent renforcer leur système militaire, ils le font en fonction de ce qu’ils pensent être leur priorité nationale. Cette attitude ne renforce pas nécessairement la défense du continent de manière efficace. »
Sans nier la nécessité de soutenir l’Ukraine ni de renforcer certaines capacités européennes, Yannick Quéau appelle à davantage de mesure et de réflexion stratégique. Selon lui, le risque serait de sacrifier des politiques essentielles à la cohésion sociale et à la prospérité européennes au profit d’une logique de réarmement dont les objectifs restent parfois mal définis. « Le modèle démocratique, social et solidaire européen n’est pas le modèle américain, chinois ou russe. Le sacrifier pour augmenter les dépenses militaires peut en outre poser des problèmes de dynamiques électorales, particulièrement au moment où des partis populistes réussissent à savamment instrumentaliser cette situation. »
Une interview à lire dans l’édition du Vif de ce 11 juin.










