« Comment les civils seront-ils protégés lorsque l’utilisateur d’une arme autonome ne sait pas exactement où et quand, ou quoi, elle va détruire ? Ou imaginez que le capteur d’une arme autonome soit déclenché par des bus civils dont la forme est similaire à celle des véhicules de transport de troupes et qu’il commence à frapper tous les bus sur une large zone sans que l’utilisateur puisse intervenir et la désactiver ? ».
Le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) prononçait ces mots alors que venait de débuter à Gaza ce que le renseignement militaire israélien allait qualifier de « première guerre de l’intelligence artificielle ». Deux mois plus tôt, un rapport des Nations unies mettait en avant l’utilisation en Libye de munitions rôdeuses de fabrication turque « sans nécessiter de connectivité de données entre l’opérateur et la munition ».
On le voit, l’actualité depuis le début de l’année 2021 rend la question des armes autonomes plus brûlante que jamais auparavant, notamment en raison de la place que ces armes prennent désormais dans les conflits armés, mais aussi parce que les discussions diplomatiques concernant ces armes — bloquées depuis plusieurs mois — ont retrouvé un certain élan sous la présidence de la Belgique.
Le présent rapport propose de faire le point sur ces développements et sur les nombreuses questions qui se posent aujourd’hui. Qu’est-ce qu’une arme autonome ? Qui en produit ? Que penser de ces réactions récemment reçues de producteurs que nous avions interpellés ? Peut-on parler d’« armes autonomes antipersonnel » ? Que sait-on des premiers cas d’utilisation ? À quoi ressemblent les systèmes les plus avancés, notamment les systèmes opérant en essaim ? Un traité sur les armes autonomes est-il envisageable et sur quelles bases ?
Stan Brabant a été directeur-adjoint du GRIP en 2020-2021. Il est aujourd’hui chercheur en armement et chercheur associé au GRIP. Stan a longuement travaillé pour Handicap International. Au Cambodge et en Afghanistan d’abord, et ce au sein de programmes de déminage et de réduction des accidents causés par des mines et autres engins non-explosés. Il a ensuite conduit la recherche et le plaidoyer de l’organisation en matière d’armements. Il a fait partie du comité éditorial du Landmine and Cluster Munition Monitor et servi comme chercheur et coordinateur thématique. Il a également été à l’origine du processus d’interdiction des armes à sous-munitions en Belgique, le premier pays à interdire ces armes en février 2006. Il a ensuite accompagné le processus d’Oslo qui a conduit en 2008 à la Convention sur les armes à sous-munitions. Dans ce cadre, il a initié plusieurs projets de recherche sur l’impact humanitaire de ces armes et a lancé l’initiative Ban Advocates, un projet-pilote permettant la participation de personnes affectées par les armes à sous-munitions dans le processus diplomatique conduisant à leur interdiction. Il a ensuite rejoint les Nations Unies afin d’accompagner le Laos dans sa mise en œuvre de la Convention sur les armes à sous-munitions et sa présidence de la Première Conférence des Etats parties à la Convention.












