Dans le cadre de la publication du rapport « Programme d’Éducation aux médias et à l’information : évaluation quantitative et qualitative de l’effet sur les pratiques informationnelles au Burundi, Cameroun, République Centrafricaine, Tchad et Togo » (août 2026) et du rapport « Les désordres informationnels en période électorale. Étude de cas sur l’élection présidentielle de 2025 au Cameroun » (septembre 2026), le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), Éduk-Média Cameroun et l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ont organisé un webinaire de présentation de ces deux travaux de recherche le jeudi 15 octobre 2026.
Cet événement s’inscrivait dans le cadre du projet de jumelage entre le GRIP et Éduk-Média soutenu par l’OIF et intitulé « Étudier et éduquer : bâtir nos défenses informationnelles ».
Le webinaire était modéré par Anne Xuan Nguyen, chargée de recherche au GRIP. Les échanges ont réuni Kariman Labib, Attachée de programme au Pôle Intégrité de l’information, Direction des Affaires politiques et de la gouvernance démocratique de l’OIF, Clémence Buchet-Couzy, chargée de recherche au GRIP, Blaise Pascal Andzongo, directeur et fondateur d’Éduk-Média Cameroun et Léonie Degboe, coordinatrice de l’antenne d’Éduk-Média Togo.
En propos liminaire Kariman Labib est revenue sur l’action de l’OIF dans la lutte contre les désordres de l’information et notamment sur la 5e édition de l’appel à projets de jumelages entre initiatives francophones de lutte contre les désordres de l’information, dix projets ont été sélectionnés en octobre 2025 dont celui du GRIP et d’Eduk Média. Elle a également mentionné la mise en place de la plateforme ODIL des initiatives francophones de lutte contre la désinformation.
Ensuite, Anne Xuan Nguyen, a présenté le projet du GRIP et d’Eduk Média qui vise à soutenir le partage d’expertise, d’expérience et de bonnes pratiques entre deux acteurs, par le biais de diverses activités comprenant des formations mutuelles, des travaux de recherche et la création de contenus informationnels. Plusieurs activités ont déjà été réalisées : une formation à Yaoundé sur les désordres de l’information et les outils de lutte qui existent, une formation à Bruxelles sur la création et l’enregistrement de podcast, des capsules vidéos et surtout deux épisodes de podcasts sortis en septembre 2026 (épisode 1 et épisode 2).
Clémence Buchet-Couzy a présenté son rapport intitulé « Les désordres informationnels en période électorale. Étude de cas sur l’élection présidentielle de 2025 au Cameroun » paru en septembre 2026. Elle est d’abord revenue sur la genèse de son sujet de recherche, expliquant comment elle était arrivée à travailler sur les périodes électorales et le Cameroun en particulier. L’élection présidentielle d’octobre 2025 au Cameroun a été marquée par de nombreux désordres informationnels, créant une réelle crise multiniveaux dans le pays, mais loin d’être un cas isolé le Cameroun illustre l’ampleur que peut prendre ce phénomène et surtout son potentiel de déstabilisation. Afin de comprendre ce qui s’est joué au Cameroun en 2025 l’autrice s’est d’abord penchée sur ce qui caractérise les désordres informationnels aujourd’hui et leurs spécificités en période électorale. Ensuite, elle s’est penchée sur le contexte africain et ses perméabilités aux désordres informationnels, ce qui permet de mieux comprendre la situation camerounaise. Enfin, elle est revenue en détails sur le cas du Cameroun et le contexte qui a permis une telle crise informationnelle (et électorale puis sécuritaire) en 2025. La conclusion de sa présentation est qu’aujourd’hui aucune région du monde n’est à l’abri de ce phénomène des désordres informationnels et manipulations de l’information et c’est surtout vrai dans les contextes plus sensibles où les populations ont besoin d’information comme les élections. Plusieurs facteurs peuvent expliquer la vulnérabilité particulière de certaines sociétés, comme le Cameroun et les conséquences que peuvent avoir ces désordres informationnels soulignent l’urgence de mettre en place des outils de lutte efficaces.
Voir la présentation de Clémence Buchet-Couzy
Blaise Pascal Andzongo et Léonie Degboe ont conclu cette session de présentation en détaillant les principales conclusions du rapport « Programme d’Éducation aux médias et à l’information : évaluation quantitative et qualitative de l’effet sur les pratiques informationnelles au Burundi, Cameroun, République Centrafricaine, Tchad et Togo » publié en août 2026. Ce rapport part du constat que la lutte contre les désordres informationnels nécessite de renforcer les compétences des citoyens et pour cela l’éducation aux médias et à l’information (EMI) doit pouvoir aider. Or il n’existe aucune étude qui analyse l’impact de l’EMI sur les pratiques informationnelles des citoyen·ne·s et c’est ce vide que vient combler ce rapport en évaluant l’impact de l’EMI sur les pratiques informationnelles dans cinq pays : Burundi, Cameroun, République centrafricaine (RCA), Tchad et Togo. L’étude montre une nette progression dans la compréhension de ce qu’est l’EMI mais aussi dans les pratiques informationnelles des personnes interrogées et surtout on note un important engagement citoyen des personnes sensibilisées. Le rapport conclut avec trois recommandations prioritaires : l’institutionnalisation de l’EMI dans les programmes scolaires et universitaires, le renforcement des partenariats et la mise en place d’évaluation dans la durée des compétences pratiques et des changements de comportement. Ils rappellent également les trois mots d’ordre qui décrivent leur travail « Compétence, résilience et pérennisation ».
Voir la présentation d’Éduk-Média
Enfin, la sessions de questions-réponses a permis d’interagir avec le public et d’approfondir sur différents enjeux en lien avec les désordres et troubles de l’information. Une question a porté sur l’impact des désordres informationnels sur les résultats et comportements électoraux au Cameroun. Les intervenant·e·s ont expliqué que l’impact réel était dur à évaluer mais certainement cela a eu une influence sur le vote des personnes touchées par ces désordres. Ensuite, le rôle de la presse traditionnelle a été abordé, les intervenant·e·s ont souligné le rôle d’exemplarité que doit avoir la presse en termes de désordres informationnels : en proposant des informations justes et vérifiées et en luttant contre les fausses informations qui circulent bien que c’est difficile en raison des ressources limitées. La presse doit se défaire de la course à l’urgence et au scoop, une information plus rapide n’est pas plus véridique, elle doit également se montrer transparente vis-à-vis des citoyen·ne·s et les éduquer à la fabrication de l’information.
Merci à toutes celles et ceux qui ont participé à ce webinaire et contribué à ces échanges.

