Aujourd’hui, aucune région du monde n’est à l’abri des désordres informationnels et manipulations de l’information. Ces phénomènes ne sont pas nouveaux, mais se distinguent par une ampleur et une rapidité de diffusion inédite, notamment dues aux bouleversements numériques et communicationnels liés à l’avènement d’internet, des réseaux sociaux numériques (RSN) et autres plateformes de messagerie. Les désordres informationnels sont particulièrement actifs dans des contextes plus vulnérables où les populations ont un besoin crucial d’informations, à l’image des périodes électorales, surtout dans des paysages démocratiques fragiles. Ces désordres informationnels diffèrent selon les contextes, mais ont en commun un potentiel déstabilisateur sur les sociétés et systèmes politiques, ce qui les rend d’autant plus vulnérables aux désordres informationnels futurs. C’est précisément ce cercle vicieux qui constitue aujourd’hui un danger dont aucune société, même la plus démocratique, n’est à l’abri.
La menace que représentent les troubles et manipulations de l’information et les lacunes dans les actions menées pour y faire face sont à l’origine du projet de jumelage « Étudier et éduquer : bâtir nos défenses informationnelles », mis en place par le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP) et par l’Organisation camerounaise d’éducation aux médias (Éduk Média). L’objectif est de mieux comprendre les enjeux et les défis liés aux troubles de l’information, et de développer les meilleurs outils pour y faire face, notamment sur le continent africain, particulièrement affecté.
Le cas du Cameroun
Le continent africain n’a, en effet, pas été épargné par les désordres informationnels et autres manipulations de l’information ces dernières années, notamment lors des périodes électorales. Il cumule un certain nombre de facteurs de vulnérabilités au niveau numérique, politique, sécuritaire et médiatique, mais également dans la manière dont les États africains ont tenté de répondre à ces désordres informationnels. La dernière élection présidentielle au Cameroun, qui a eu lieu en octobre 2025, n’a pas échappé à la règle, puisque le pays a connu des désordres informationnels qui ont participé à la perturbation du scrutin électoral et à la crise sécuritaire et politique, qui est encore en cours aujourd’hui.
L’objectif de ce rapport est de mieux comprendre les mécanismes et spécificités des désordres informationnels en période électorale, particulièrement sur le continent africain, avec comme cas d’étude l’élection présidentielle du Cameroun en 2025. Pour ce faire, dans une première partie, ce rapport fera un tour d’horizon de ce que sont les désordres informationnels aujourd’hui, et précisera leurs spécificités en période électorale. Il s’intéressera ensuite au contexte africain et à ses vulnérabilités en termes de désordres informationnels. Enfin, une dernière partie se penchera sur l’élection présidentielle d’octobre 2025 au Cameroun et l’ampleur inédite des troubles informationnels.
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Clémence Buchet-Couzy est chargée de recherche au GRIP depuis avril 2022. Elle est titulaire d’un master « Conflits et Développement » de l’Institut d’Études Politiques (IEP) de Lille et d’une double licence Histoire et Géographie de l’Université Paris I Panthéon Sorbonne.








