En août 2017, la violence exercée par les forces armées du Myanmar contre la population rohingya du nord de l’État de Rakhine provoque l’un des exodes les plus importants d’Asie du Sud-Est contemporaine. En quelques semaines, plus de 700 000 personnes fuient vers le Bangladesh, laissant derrière elles villages, terres agricoles et lieux de culte. Si les massacres et les violences sexuelles ont retenu l’attention internationale un autre aspect de cette campagne mérite que l’on s’y intéresse. Il s’agit de la destruction systématique et prolongée des villages rohingyas après le départ de leurs habitants, et de la dépossession des terres comme instrument central de la violence.
En s’attaquant à la terre, aux lieux de vie et aux espaces de mémoire, la stratégie mise en œuvre au Myanmar est celle d’un effacement durable de la présence rohingya. La destruction de l’espace devient ainsi un levier central de l’éradication d’un groupe de son territoire. Cet éclairage démontre en quoi la destruction systématique des villages rohingyas au Myanmar relève d’une stratégie territoriale délibérée visant à rendre l’exil permanent en effaçant toute possibilité matérielle, juridique et mémorielle du retour.
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Photo de couverture : Des enfants rohingyas dans un camp de réfugiés au Bangladesh en
avril 2018 – crédit : Union européenne, licence CC BY-NC-ND 2.0.
Assistante de recherche au GRIP de janvier 2022 à juillet 2022, et actuellement doctorante contractuelle à l’Université Côte d’Azur.











