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Le 5 juin prochain se tiendra à Dakar le sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union économique monétaire ouest-africaine (UEMOA). Parmi les sujets qui y seront abordés figure celui de la paix et de la sécurité dans l’espace UEMOA[1], en l’occurrence la problématique de la lutte contre le terrorisme, ainsi que 18 mesures potentielles en faveur de l’intégration régionale. Cela traduit un développement majeur dans le champ de compétences de l’UEMOA, une organisation à caractère essentiellement économique, et d’autant plus que d’autres organisations sous-régionales jouissent d’une expertise sur cette thématique. Certes, l’espace UEMOA est concerné par la menace terroriste, mais il faut qu’il veille à ce que le volet sécuritaire ne le détourne pas de sa vocation originelle.
L’UEMOA : un espace économique dynamique mais fragile
À l’exception de la Guinée-Bissau essentiellement concernée par la criminalité transnationale organisée, les autres États membres de l’organisation régionale à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger et le Sénégal sont confrontés à la menace que représente Boko Haram[2] et les groupes terroristes et criminels opérant dans la bande sahélo-saharienne. Ces derniers, longtemps actifs dans le sud algérien et le Nord-Mali, se trouvent à présent dans une logique d’extension territoriale, en témoignent les attentats de Ouagadougou au Burkina Faso et de Grand-Bassam en Côte d’Ivoire en janvier et mars 2016[3].
Ces attaques terroristes mettent en berne les investissements directs étrangers (IDE) de certains États[4] de cette zone économique. Selon l’UEMOA, les attaques terroristes de 2015 ont entraîné une chute de 6 % des recettes touristiques de l’espace communautaire. En inscrivant donc la question de la lutte contre le terrorisme à l’agenda du sommet des chefs d’État, l’UEMOA entend lutter contre un phénomène qui pourrait entraver ses performances économiques[5], d’autant plus que le nexus sécurité-développement[6] est devenu un référentiel dominant pour les organisations internationales et les agences de développement.
Récemment, lors de la rencontre des ministres de l’Intérieur de la zone UEMOA qui s’est déroulée à Abidjan le 27 mai en prélude au sommet du 5 juin, quinze points ont été élaborés afin de lutter contre le terrorisme parmi lesquels l’instauration de patrouilles mixtes, la mise en place de pièce d’identités biométriques et le partage de renseignements. Toutefois, en dépit de sa bonne volonté, la compétence de l’UEMOA sur ces thématiques se limite à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. En effet, depuis septembre 2002 (et à la suite des attentats du 11 septembre 2001), elle s’est dotée d’une directive sur ces deux sujets[7], renouvelée en 2007 et 2015. En revanche, d’autres organisations comme la CEDEAO et le G5 Sahel[8] constituent des enceintes plus adaptées en matière de lutte contre le terrorisme.
Éviter le syndrome du tout-sécuritaire
La CEDEAO est engagée dans la résolution des crises dans l’espace sous-régional ouest-africain, depuis la guerre civile au Liberia[9] jusqu’à la récente crise politique au Burkina Faso en septembre 2015[10]. Rappelons que, conformément à son traité fondateur de 1975, la CEDEAO avait comme principal objectif de favoriser la croissance économique et le développement économique en Afrique de l’Ouest[11]. Toutefois, avec les crises politiques et les guerres civiles dans les années 1990, ce mandat a été étendu au maintien de la paix et à la prévention des conflits[12]. Pour répondre à ces enjeux, elle s’est dotée d’un mécanisme institutionnel et dispose d’autres instruments juridiques pertinents[13]. En matière de lutte contre le terrorisme, elle dispose également d’un capital non négligeable. Lors de la crise malienne de 2013, elle s’est engagée au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA) pour lutter contre les groupes terroristes qui menaçaient l’indépendance politique et l’intégrité territoriale du Mali.
Quant au G5 Sahel, créé en 2014 afin de coordonner les politiques de développement et de sécurité dans la bande sahélo-saharienne, il constitue un cadre adapté pour lutter contre le terrorisme. Celui-ci regroupe cinq États à savoir le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Lors du deuxième sommet du G5 en novembre 2015 à N’Djamena, les chefs d’État ont décidé de la création d’une école de guerre sous-régionale, d’un comité de défense et de sécurité et d’une plateforme de coopération en matière de sécurité[14]. Ce dernier point sera aussi traité lors du prochain sommet de l’UEMOA, ce qui fait craindre l’effet doublon. En revanche, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ne font pas partie du G5 Sahel et nourrissent chacun des ambitions de puissance sous-régionale. Inscrire donc la question de la lutte contre le terrorisme à l’agenda de l’UEMOA leur permet de discuter de cette question dans un format multilatéral mais réduit.
En conclusion, la lutte contre le terrorisme est devenue un thème dominant au niveau des instances multilatérales. Même l’UEMOA, spécialisée dans le domaine économique, semble être elle aussi tentée par le syndrome du tout-sécuritaire. Nul ne doute que la lutte contre le terrorisme doive se faire suivant une approche globale conjuguant les outils militaire, diplomatique et de développement. Toutefois, dans un souci d’efficacité, il serait plus logique que la CEDEAO poursuive ses efforts sur les questions de paix et de sécurité et que l’UEMOA se consacre à l’intégration économique sous-régionale, d’autant plus que l’espace CEDEAO englobe l’ensemble des États membres de l’UEMOA. La dimension sécuritaire de l’UEMOA pourrait consister en l’intensification de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Titulaire d’un master 2 en Études stratégiques de l’Université Paris XIII-Sorbonne Paris Cité, Wendyam Hervé Lankoandé est actuellement chercheur-stagiaire au GRIP. Ses travaux s’inscrivent dans l’axe de recherche « Conflits, sécurité et gouvernance en Afrique ».



