Alors que le gouvernement fédéral a accordé 188 millions d’euros supplémentaires à la Défense afin de rapprocher la Belgique de l’objectif de 2 % du PIB fixé par l’OTAN, le débat sur la pertinence de cette norme refait surface. La Libre, dans son édition du 7 mai a interrogé le directeur du GRIP, Yannick Quéau.
La Défense belge bénéficiera d’une rallonge budgétaire de 188 millions d’euros pour l’exercice 2026. Par cette décision, le gouvernement fédéral entend rapprocher l’effort militaire belge du seuil des 2 % du PIB, correspondant à l’objectif fixé par l’OTAN. Cette annonce a conduit le journaliste de La Libre, Antoine Clevers, à s’interroger sur les origines et la pertinence de cette norme. Dans ce cadre, le directeur du GRIP, Yannick Quéau, a livré une analyse critique de cet objectif chiffré.
Pour lui, « les 2 % n’ont pas de fondement méthodologique, sinon dans une perspective comparative. La Chine, par exemple, consacre officiellement 2 % de son PIB à sa Défense, mais, officieusement, c’est plutôt autour de 4 %. L’idée de la norme Otan – qui n’est pas contraignante, il faut le rappeler – est en fait de maintenir la suprématie capacitaire occidentale par rapport au reste du monde. On nous présente les armées européennes comme sous-dimensionnées pour faire face à la menace russe. Pourtant, il n’y a pas photo : l’appareil militaire conventionnel européen est plus qualitatif et ses équipements en plus grand nombre. »
« L’OTAN n’a pas la légitimité de décider du niveau des dépenses de défense de l’Europe et des capacités dont elle a besoin. »
Yannick Quéau, directeur du GRIP
Il admet cependant que « la menace russe est réelle ». Et « les faiblesses capacitaires de l’Europe sont connues, que l’on pense aux missiles à longue portée, au spatial ou à la logistique, pour lesquels on dépend des États-Unis. Il faudra pouvoir combler cela. Mais aucun État européen n’a les moyens pour le faire au niveau national. L’échelon qui manque, c’est le niveau européen. La réflexion doit avoir lieu dans un cadre européen. L’OTAN n’a pas la légitimité de décider du niveau des dépenses de défense de l’Europe et des capacités dont elle a besoin. C’est un peu comme si, après le covid, l’OMS (l’Organisation mondiale de la santé) avait dit que les dépenses de santé devaient représenter autant de pour cent du PIB. Cette méthode fait abstraction du débat démocratique, de l’adaptation à la menace, et met en péril les autres priorités budgétaires des États. Il n’y a aucune raison pour que les budgets de défense échappent au débat public. »
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Photo: Défilé des véhicules militaires ©Flickr
