L’année 2023 a été marquée par un tournant important pour le maintien de la paix onusien en Afrique, avec le retrait contraint de la MINUSMA au Mali, et une amorce du désengagement de la MONUSCO en République démocratique du Congo. S’agit-il de phénomènes conjoncturels ou du signe de mutations plus profondes ? Dans cette note rédigée pour l’Observatoire Boutros-Ghali, le professeur Michel Liégeois (Université Catholique de Louvain) défend une thèse claire : ces clôtures ne sont pas des anomalies, mais le symptôme de l’essoufflement du modèle des grandes missions multidimensionnelles hérité de l’après-Guerre froide.
À travers une étude comparée de la MINUSMA et de la MONUSCO, la note retrace le glissement de missions déployées là où il n’existait pas de paix à maintenir, aux mandats sans cesse alourdis, et dont les difficultés opérationnelles ont peu à peu érodé la légitimité. Elle replace ensuite ce déclin dans la recomposition de l’ordre international : instruments phares du multilatéralisme des années 1990, ces missions perdent en autorité dans un monde devenu multipolaire, concurrencées sur le terrain par une pluralité d’acteurs — parfois à l’initiative des États hôtes eux-mêmes — et confrontées à des conflits en pleine mutation.
La note esquisse enfin trois scénarios pour l’avenir : la régionalisation des opérations de paix, l’hybridation des acteurs, et la transformation de l’ONU en instance de coordination et de soutien. Trois voies qui, faute de mécanismes de relève crédibles, risquent de laisser derrière elles un vide sécuritaire. Les différents retraits opérés depuis 2023 ne présagent donc pas la disparition du maintien de la paix, mais plutôt sa reconfiguration.
Ce travail a été effectué grâce au soutien du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports de la Confédération suisse.
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Photo de couverture: Des responsables militaires de l’ONU montent à bord d’un hélicoptère à l’aéroport de Mopti au Mali, pour leur mission de deux jours.







