Depuis l’offensive conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, déclenchée le 28 février 2026, l’Europe navigue entre deux eaux, tiraillée entre la nécessité de ménager les humeurs d’un allié capricieux et la volonté de marquer une distance face à une guerre sur laquelle elle n’a été ni consultée ni même informée. La mise sous tension des pays européens a été encore amplifiée par les demandes pressantes de Washington, formulées dès le lancement des opérations, pour utiliser les infrastructures militaires du continent. Ces sollicitations ont donné lieu à des réactions contrastées. L’Espagne a adopté la position la plus ferme, en refusant immédiatement l’accès à ses bases et, quelques semaines plus tard, à son espace aérien aux avions impliqués dans les hostilités au Moyen-Orient. La Roumanie, pour sa part, a choisi d’accorder un accès total à ses infrastructures, arguant de la nécessité d’éviter un divorce politique entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis.
Comme la plupart des autres pays européens, la Belgique s’est installée dans une zone grise. L’ambiguïté est apparue dès le lancement de l’opération baptisée Epic Fury. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a alors réaffirmé l’attachement du Royaume au droit international, tout en jugeant « justifiée » une offensive dont il admettait qu’elle ne « respecte pas les standards du droit international », s’agissant d’une violation flagrante de l’interdiction du recours à la force consignée à l’article 2, paragraphe 4 de la Charte des Nations unies (NU). Depuis, la communication a surtout porté sur la question du soutien que la Belgique était prête à offrir. Le gouvernement a opté pour une voie médiane, cherchant à distinguer appui défensif aux pays du Golfe pris pour cible lors de la réplique iranienne et participation aux hostilités auprès des États-Unis et d’Israël. En se focalisant sur cette ligne de crête, Bruxelles espère maintenir une position, ou une apparence, de neutralité.
Cet Éclairage vise à montrer en quoi ce calcul politique ne résiste pas à l’analyse et comment le discours du gouvernement, en se focalisant sur une neutralité de façade, occulte des réalités juridiques et opérationnelles beaucoup plus complexes. Il revient d’abord sur les ambiguïtés de la position belge face aux demandes de soutien formulées par Washington, en particulier en ce qui concerne l’utilisation des infrastructures militaires et l’accès à l’espace aérien. Il montre ensuite que certaines formes de soutien logistique ou technique, bien loin de l’engagement militaire direct, peuvent suffire à faire basculer un pays dans une participation aux hostilités. Il rappelle enfin que, même à défaut d’une telle qualification, la Belgique n’en demeurerait pas moins exposée à une responsabilité internationale pour aide ou assistance à une offensive illicite.
Télécharger cette publication au format PDF
Skip to PDF contentPhoto de couverture : Photo de Théo Francken, à l’époque secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, prise le 6 juillet 2017 – crédit : Arno Mikkor via Wikimedia Commons.
