Du 12 au 14 mars 2026, le salon BEDEX (Belgian Defence Exposition and Conference), premier salon de défense organisé en Belgique, s’est tenu à Bruxelles. Installé sur le site de Brussels Expo, au Heysel, il s’étendait sur plus de 20 000 mètres carrés et accueillait plus de 200 exposants venus de 27 pays.
Le salon était structuré en deux phases, chacune destinée à un public spécifique. Les journées professionnelles, les 12 et 13 mars, proposaient un programme articulé autour de tables rondes, de conférences et de rencontres entre professionnels du secteur. Ces échanges visaient à renforcer le réseautage et à encourager la collaboration entre les acteurs du secteur de la défense. Divers représentants publics belges et internationaux – le ministre belge de la Défense Théo Francken, le Premier ministre Bart De Wever ou encore le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte – étaient présents. La journée du samedi 14 mars était quant à elle ouverte au grand public. Cette ouverture visait à tisser un lien entre les citoyens et les professionnels du secteur, offrant aux visiteurs l’occasion de découvrir les innovations technologiques et d’explorer les diverses opportunités de carrière proposées par l’industrie militaire et la Défense belge.
Le BEDEX s’appuie sur une structure hybride alliant initiative privée et soutiens institutionnels majeurs. Il est créé par Joan Condijts, président-directeur général de l’entreprise organisant le salon de la construction et de la rénovation Batibouw, et Yassine Rafik, ancien porte-parole à Bruxelles du Mouvement réformateur (MR, le parti libéral francophone) et conseillé stratégique de son président, Georges-Louis Bouchez. Le salon est aussi parrainé par les principaux acteurs de l’industrie de défense belge et internationale. Parmi ses partenaires et sponsors de premier plan, on compte RTX (anciennement Raytheon) et le Groupe FN Browning, ainsi que John Cockerill, KNDS, Lockheed Martin, General Atomics et Safran. Bien que les principales recettes proviennent des sponsors privés, le salon bénéficie également du soutien financier public via le SPF Économie, Flanders Investment & Trade (FIT) et l’Agence wallonne à l’Exportation et aux investissements étrangers (AWEX). La Défense belge et la Commission européenne occupaient par ailleurs une place centrale lors de l’évènement, bénéficiant d’espaces d’exposition majeurs mis à leur disposition par les organisateurs.
À la différence des autres grands salons du secteur (DSEI à Londres ou Eurosatory à Paris, par exemple), une journée du BEDEX est consacrée à l’accueil du grand public. Selon les organisateurs, son objectif est de lever le voile sur les technologies et les innovations stratégiques qui « façonnent l’avenir de l’Europe », offrant ainsi « une occasion rare de voir de près ce qui reste habituellement hors de vue. » Véritable « vitrine de l’industrie belge » selon Joan Condijts, le salon rendrait les thématiques complexes de l’ingénierie et de la géopolitique « accessibles et captivantes ». Au-delà de l’exposition technique, le site officiel souligne la volonté pédagogique du salon : permettre aux citoyens de comprendre les enjeux de sécurité contemporains tout en découvrant des métiers « porteurs d’avenir ». L’aspect « recrutement » du salon est souligné par Joan Condijts selon lequel l’ouverture au grand public ne sert pas à générer des recettes par les billets d’entrée, mais à permettre aux exposants de montrer leur savoir-faire et de susciter des vocations auprès des visiteurs.
Le salon de défense a aussi suscité des protestations et controverses. Ainsi, des manifestants ont rejoint le cortège de la grève générale du 12 mars 2026 sous le slogan « Smash BEDEX ». Des actions de contestation ont également eu lieu sur le site de Brussels Expo par des militants dénonçant une militarisation croissante et délibérée de la société.
Cet éclairage propose une analyse critique des dispositifs de communication et du discours autopromotionnel que les acteurs de la défense transmettent aux citoyens grâce à ce salon. À partir d’une enquête de terrain réalisée lors de sa journée grand public, le 14 mars 2026, l’éclairage élucide son rôle en tant que plateforme de légitimation du secteur de l’armement. Cette légitimation s’articule autour de trois vecteurs. D’abord, les équipements militaires sont présentés comme des produits commerciaux comme les autres (1). Ensuite, leur dimension technologique est mise en avant pour provoquer une fascination du public et invisibiliser la violence de leur utilisation (2). Enfin, le BEDEX a été l’occasion de promouvoir et présenter comme relevant du sens commun des discours politiques favorables à la défense et aux industries militaires (3).
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Aller au contenu PDFPhoto de couverture: Discussion publique entre le ministre belge de la Défense Theo Francken et le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte au BEDEX – crédit : OTAN, licence Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0.
