Le nucléaire nord-coréen : Vers une détente entre Pyongyang et Washington ?

A quelques mois de l’élection présidentielle américaine et alors que les tensions sont à leur comble sur le dossier du nucléaire iranien, la détente est venue de là où on ne l’attendait pas (plus ?) : de la Corée du Nord. Depuis la mort du dictateur Kim Jong-Il en décembre 2011, deux scenarii d’évolution étaient possibles pour son successeur, Kim Jong Un : soit un raidissement du régime tel un signal de continuité lancé à la Communauté internationale, soit une reprise des relations diplomatiques et des discussions sur des sujets sensibles en guise d’ouverture. Après des discussions à Pékin avec des diplomates américains, c’est cette dernière option qu’a choisie Kim Jong-Un en acceptant le 29 février 2012 d’instaurer un moratoire, supervisé par l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA), sur ses activités nucléaires: les essais nucléaires, l’enrichissement de l’uranium à Yongbyon et le lancement de missiles à longue portée. Cet accord « donnant-donnant » reprend les bases de celui conclu en 2005 prévoyant le démantèlement nucléaire de la Corée du Nord en échange d’une assistance économique. Les Etats-Unis se sont en effet engagés à fournir 240 000 tonnes d’aide alimentaire. Washington, échaudée par le précédent de 2007-2008, opte néanmoins pour la prudence et la politique du « wait and see ». En décembre 2008, Pyongyang avait en effet expulsé les inspecteurs de l’AIEA après avoir pourtant, un an auparavant, accédé aux demandes internationales de démantèlement de son programme nucléaire. Cette décision avait alors marqué la fin des négociations à Six (Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Japon, Russie). En mai 2009, elle réalisait son deuxième essai nucléaire et en novembre 2010, dévoilait son usine d’enrichissement d’uranium basée à Pyongyang. Ce rapprochement entre les deux capitales doit être analysé à la lumière des contextes politiques respectifs : d’un côté, le président américain a besoin, pour appuyer sa candidature à un nouveau mandat, d’enregistrer un succès diplomatique sur le dossier de la non-prolifération nucléaire –rappelons que l’un des axes de son programme politique en 2008 était de relancer les négociations avec l’Iran et la Corée du Nord ; d’un autre côté, le responsable coréen doit, dans cette période de transition et à quelques semaines du centenaire du fondateur du régime Kim Il-Sung, assurer la stabilité intérieure de son régime menacée par les très dures conditions socio-économiques endurées par sa population.