Sécurité en Afrique de l’Ouest : les chefs d’État de la CEDEAO s’inquiètent

La CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) a tenu son quarantième Sommet ordinaire les 16 et 17 février 2012 à Abuja, Nigéria, durant lequel se sont réunis les chefs d’État et de gouvernement des 15 pays membres de la Communauté afin notamment d’élire le nouveau président de l’organisation et de discuter des problèmes sécuritaires de la région. Sans surprise, Alassane Ouattara est sorti vainqueur du scrutin, remplaçant ainsi son homologue nigérian Goodluck Jonathan dont le mandat à la tête de la CEDEAO touche à sa fin. Un nouveau président de la Commission de la CEDEAO a également été élu, le Burkinabé Kadré Ouédraogo, succédant ainsi au Ghanéen James Victor Gbeho. Mais toute l’importance du sommet résidait dans les discussions engagées sur la sécurité au Sahel et la piraterie dans le golfe de Guinée. Discussions déjà bien entamées la veille du Sommet, lors de la 29e réunion interministérielle du Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO organisée pour traiter spécifiquement de ces questions. L’accent était porté sur le Mali qui depuis le mois de janvier se voit une nouvelle fois confronté à une rébellion touareg dans le nord du pays. Les violents combats entre l’armée malienne et le MLNA (Mouvement national de libération de l’Azawad) ont déjà provoqué l’exil de dizaines de milliers de Maliens vers les pays voisins, provoquant une situation humanitaire préoccupante. À ce sujet, un communiqué du Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO annonçait dès jeudi soir le financement par la Commission de la CEDEAO d’une aide humanitaire de 3 millions de dollars pour les victimes des rebelles dans la bande sahélienne, région touchée en plus par une crise alimentaire du fait d’une sécheresse prolongée. Mais l’insécurité liée aux actions de Boko Haram au Nigéria, d’AQMI dans toute la bande sahélienne et des rebelles du MNLA dans le nord-Mali est restée la problématique majeure de ces jours de discussion. Le chef de la diplomatie du Niger a d’ailleurs annoncé la possible tenue d’une réunion des 15 chefs d’état-major des pays de la CEDEAO dans les prochains jours ainsi que l’envoi d’une mission au Mali. Les pays présents au Sommet ont également tenu à préciser qu’ils condamnaient tous la rébellion du MNLA et soutenaient le Mali dans sa volonté de conserver sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Le président nigérian Goodluck Jonathan a par ailleurs précisé que la piraterie dans le golfe de Guinée avait provoqué un regain d’activités criminelles telles que le trafic de drogue, le trafic d’êtres humains ou encore le détournement de pétrole et qu’il était nécessaire de traiter ces questions en urgence et en concertation avec tous les pays touchés. Le président du Conseil de médiation et de sécurité, le Nigérian Olugbenga Ashiru, avait lui aussi alerté la veille sur l’impact de toutes ces questions pour la région toute entière. Il avait pointé la nécessité notamment de renforcer les contrôles aux frontières et de travailler collectivement au sein de la CEDEAO. De son côté, le nouveau président Ouattara déclarait le dernier jour du Sommet : « C'est le lieu d'appeler à la définition d'une politique de défense commune, à la mutualisation de nos moyens, afin de juguler la poussée du terrorisme, de reprendre le contrôle de nos côtes livrées à la piraterie maritime et de contenir les flux d'armes qui aggravent la criminalité et le grand banditisme ».