Le GRIP se réjouit d’avoir participé au combat du docteur Mukwege, prix Nobel de la paix 2018

Le prix Nobel de la Paix 2018 a été attribué conjointement au gynécologue congolais Denis Mukwege, qui soigne les femmes violées en République démocratique du Congo, et à l'activiste yézidie Nadia Murad, ex-esclave du groupe Etat islamique, "pour leurs efforts en vue de mettre fin à l'utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre". Une récompense amplement méritée !


Que le titre d’un livre entre dans le langage courant, voilà qui est peu courant. C’est pourtant ce qui est arrivé à Colette Braeckman, avec « L’homme qui répare les femmes ». Intriguant, choquant pour certains, il est devenu un qualificatif qui, désormais, suit le docteur Mukwege comme son ombre. Les médias s’intéressent au médecin-chef de l’hôpital de Panzi ? Ces cinq mots leur serviront pour situer le personnage.

Au printemps 2012, quand Colette contactait le GRIP avec son projet, personne n’aurait imaginé un tel scénario. Et encore moins le parcours exceptionnel que ce livre allait emprunter. Ce gynécologue de l’Est du Congo avait certes obtenu le prix Roi Baudouin pour le développement l’année précédente, mais sa notoriété restait confinée à quelques cercles restreints. L’ouvrage sortira quelques mois plus tard, en octobre[1]. L’auteur, grande spécialiste du Congo, nous y fait découvrir une guerre d’un autre genre. Une guerre qui a pris le visage de la barbarie, de la cruauté gratuite, avec les femmes comme principales victimes : violées, mutilées, terrorisées… Le livre doit sa force aux observations d’un autre témoin de premier plan, Denis Mukwege, avec son regard clairvoyant et ses réflexions personnelles. Il vit ces horreurs de l’intérieur et complète à merveille le récit hallucinant de Colette Braeckman.

Avec cet essai « engagé », le GRIP est fier d’avoir contribué à dénoncer la violence inouïe qui frappe cette région du Kivu, en amplifiant et diffusant le cri d’alerte du docteur.

Un deuxième ouvrage, « Le viol, une arme de terreur », permettra au GRIP de poursuivre son effort de sensibilisation en 2015, en partenariat avec la cellule Démocratie ou barbarie (du ministère de la Fédération Wallonie Bruxelles), cette fois sous la forme d’un recueil de regards croisés[2] : ceux du romancier congolais, du médecin belge, de journalistes et de juristes.

« Notre pays est malade, disait le docteur Mukwege lors de la remise du prix Sakharov (2014), mais ensemble, avec nos amis de par le monde, nous pouvons et nous allons le soigner. »  À son échelle et avec ses moyens modestes, le GRIP a soutenu, et soutient encore, ce combat. C’est donc avec fierté et émotion que nous saluons le couronnement du docteur Mukwege comme prix Nobel de la paix 2018 – ainsi que celui de Nadia Murad, militante irakienne des droits de l’homme. Puisse cette distinction suprême accélérer la « guérison »…
 

[1] Colette Braeckman, L’homme qui répare les femmes. Violences sexuelles au Congo : le combat du docteur Mukwege, GRIP/André Versaille éditeur, 2012. Réédition en 2016 avec La Renaissance du livre.

[2] In Koli Jean Bofane – Colette Braeckman – Guy-Bernard Cadière – Thierry Michel et al., Le viol, une arme de terreur. Dans le sillage du combat du docteur Mukwege, GRIP/Mardaga/Démocratie ou barbarie, 2015.

Voir la vidéo de la conférence autour de cet ouvrage, à l’ULB (https://www.grip.org/fr/node/1830).