Autonomie stratégique: le nouveau Graal de la défense européenne

L’autonomie stratégique est le dernier concept à la mode, aussi bien à Paris qu’à Bruxelles. Elle est citée pas moins de vingt-quatre fois dans la dernière revue stratégique française et il n’est pas un document stratégique européen, un tant soit peu important, qui n’en fasse mention.
Au-delà des déclarations politiques, l’autonomie stratégique est entrée dans le champ juridique, puisqu’elle figure désormais au rang des objectifs assignés au programme européen de développement de l’industrie de défense. Elle constituera donc l’un des critères à l’aune desquels seront évalués les projets de R&D de défense susceptibles de bénéficier de fonds européens.
Mais qu’est-ce que l’autonomie stratégique ?
Le présent rapport retrace, pour la première fois, et avec précision, la brève histoire de ce jeune concept apparu à la fin du XXe siècle et qui a fait l’objet d’un chassé-croisé permanent entre les planificateurs de défense français et les leaders européens.
Au-delà des recensions politiques et doctrinales, l’auteur s’efforce de proposer une définition opératoire du concept, telles que les affectionnent les juristes. Il en ressort que l’autonomie stratégique est avant tout un standard juridique, à l’instar du « bon père de famille » du code civil, et qu’elle ne peut prendre son sens qu’à condition d’être déclinée de façon contingente et relative. En d’autres termes, dites-moi quelle guerre vous voulez mener et je vous dirai de quelle autonomie vous devez disposer. 
Enfin, l’auteur insiste sur la composante « politique » de l’autonomie stratégique. Évidente et donc inutile à prendre en compte au niveau national, cette « capacité politique » est au contraire, la première pièce de l’équipement nécessaire à tous ceux qui ambitionnent de se lancer à la quête de ce Graal de la défense européenne.