La Chine et la nouvelle Asie centrale

Dans le monde académique, au cours de la décennie écoulée, les barrières mentales issues de la période de la Guerre froide ont peu à peu cédé le pas à une réintégration de l’espace centrasiatique dans son contexte global1. La recherche contemporaine a progressivement redécouvert la centralité géographique et historique de cette zone longtemps considérée comme une sorte d’hinterland amorphe. L’Analyse de la place de l’Asie centrale dans le système international contemporain requiert aujourd’hui la prise en considération de l’environnement asiatique de cette région. La place occupée par la Chine dans ce contexte doit être particulièrement soulignée.

En effet, le « monde chinois » a entretenu dans la longue durée historique des contacts étroits avec cet espace. Ses liens avec l’Asie centrale ont été politiques et militaires mais aussi culturels et commerciaux. Cet espace fut longtemps l’intermédiaire privilégié de la circulation, de l’échange et de la transmission des idées et des marchandises le long des antiques « Routes de la soie » reliant l’Occident, l’Orient et la Chine2. Tout au long de son histoire, l’Empire du Milieu a également accordé une attention particulière à cette zone en raison de la menace que faisaient peser sur lui les peuples nomades des steppes centrasiatiques3. Ces facteurs historiques mais aussi la proximité géographique nous invitent à nous interroger sur la place, dans la recomposition géopolitique en cours, de cet acteur régional majeur dont le rôle fut minoré depuis presque un siècle par le dynamisme de la pénétration russe puis soviétique.

Si la faiblesse de la Chine et la montée en puissance parallèle de la Russie au cours du XIXème siècle ont provoqué l’affaiblissement progressif puis la rupture de la quasi-totalité des contacts sino-centrasiatiques, l’effondrement de l’URSS et le reflux de la Russie changent fondamentalement le paysage géopolitique régional. La fracture artificielle qui séparait l’extrême-occident chinois et l’Asie centrale a disparu. Aujourd’hui, l’Asie centrale mais aussi la région autonome chinoise du Xinjiang4, toutes deux considérées pendant toute la durée de la Guerre froide comme des impasses géographiques, retrouvent leur vocation naturelle de pont et de lieu de passage entre ces deux parties de l’Asie. Face à cette transformation radicale du paysage géopolitique à ses frontières, Pékin a mis en œuvre depuis 10 ans une politique extérieure dont les déterminants sont à la fois systémique et interne. Ses intérêts tournent principalement autour de trois axes : la sécurité définie dans un sens large5, les échanges économiques et potentiellement l’accès aux hydrocarbures. Cette étude se propose d’examiner successivement ces trois axes.

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