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RD Congo : vers le référendum constitutionnel

Le processus électoral en République démocratique du Congo (RDC ) traverse une phase cruciale en ce dernier trimestre 2005. Il doit en effet relever le défi d'organiser et tenir le référendum constitutionnel prévu le 18 décembre 2005. Ainsi les derniers mois ont été marqués par d'intenses préparatifs administratifs, logistiques et politiques et par les efforts des forces armées de la RDC et de la Monuc pour améliorer les conditions de sécurité dans les régions où les milices et les groupes armés étrangers sèment encore la terreur dans la population.

Les armes à sous-munitions ne sont pas un enjeu économique pour la Wallonie

Le 7 juillet 2005, le Sénat adoptait à l’unanimité une proposition de loi du sénateur Philippe Mahoux visant à interdire les armes à sous-munitions. Dans quelques jours, ce lundi 19 décembre, la Chambre des Représentants devra à son tour se prononcer pour ou contre. Mais avant de procéder au vote, les députés procéderont à des auditions, notamment d’un représentant de l’industrie de l’armement.

Les intérêts à défendre ne sont pas ceux du « secteur » de l'armement, mais bien d'une entreprise en particulier. Les Forges de Zeebrugge (FZ) établies, comme son nom ne l’indique pas, à Herstal dans la région liégeoise, sont effet le seul producteur belge d’armes à sous-munitions ...

Les initiatives récentes en matière d’armes légères et de petit calibre : quelles conséquences pour la région des Grands Lacs ?

Force est de constater que les discussions du Groupe de travail de l’ONU sur le marquage et le traçage des armes légères et de petit calibre (ALPC) se sont orientées vers un document minimaliste. Les États ont ainsi raté l’opportunité historique de créer un système efficace lors des négociations en adoptant un document faible en juin 2005 à New York1. En effet, cet instrument contient plusieurs lacunes importantes. D’abord, les munitions sont exclues de leur champ d’application, ce qui vide l’ensemble de sa substance. N’oublions pas que les munitions sont les seuls éléments qui peuvent encore mener vers les ALPC illicites puisque celles-ci doivent être alimentées en munitions pour pouvoir fonctionner. Ensuite, l’instrument n’est pas légalement contraignant, ce qui laisse la possibilité à certains de se dispenser de se conformer aux exigences en évoquant la « sécurité nationale » sans aucune explication et de continuer leurs affaires comme d’habitude. Ceci est notamment vrai pour le mécanisme de traçage qui prévoit un système volontaire et bilatéral, alors qu’il est nécessaire d’avoir un système obligatoire et multilatéral pour aboutir à des résultats. La possibilité de conduire des opérations de traçage via les forces de maintien de la paix a été également écartée du document final ...

L’utilisation de bombes au phosphore blanc par l’armée américaine en Irak

Du 8 au 20 novembre 2004, les forces armées américaines ont mené leur seconde offensive sur Falloujah, une ville irakienne soupçonnée de servir de base arrière à des groupes terroristes. Selon de nombreuses estimations, au début de l’attaque, la ville abritait entre 600 et 6.000 insurgés mais aussi entre 30.000 et 50.000 civils [1]. Malgré cela, les troupes américaines ont utilisé des bombes au phosphore blanc, une arme incendiaire dont l’utilisation est strictement réglementée par le droit international ...

L’Union européenne adopte un Code de conduite pour libéraliser le marché de l’armement

L’échec de la Communauté européenne de défense, après son rejet par l’Assemblée nationale française le 30 août 1954, a eu pour conséquence d’exclure du processus d’intégration européenne, pendant près d’un demi-siècle, toutes les questions relatives à la défense et à l’armement de l’Europe. Ce temps est révolu. Au cours des années 1990, plusieurs initiatives ont contribué a ramener les questions de l’armement européen au devant de la scène. La plus ancienne, le GAEO [1] (Groupe armement de l'Europe occidentale) puise ses racines dès 1976 dans le cadre de l’OTAN avant d’être transféré en 1993 à l’UEO (Union de l’Europe occidentale). Il sera reconnu comme l’instance européenne de coopération en matière d’armement par une déclaration de l’UEO de 1997 annexée au traité d’Amsterdam. Première initiative réellement communautaire, un groupe de travail dénommé POLARM est également créé en 1995 en vue de suggérer des recommandations au Conseil de l’Union européenne sur la politique européenne de l’armement ...

Sciences et technologies, au piège de « l’option militariste »

Soixante ans après les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki, cinquante ans après le Manifeste Russel-Einstein, l'année 2005 est une occasion de s'interroger sur la responsabilité des scientifiques face aux exploitations guerrières et criminelles des résultats de leurs recherches. Mais un constat s'impose : l'indépendance scientifique est plus que jamais menacée. Le nouvel agenda de sécurité adopté dans les années 90 a profondément modifié les relations entre technologies civiles et militaires. L'innovation militaire repose aujourd'hui sur une présence militaire à tous les niveaux du système national d'innovation et une exploitation des sciences et des technologies très en amont des phases de R&D des systèmes d'armes. Cette évolution des processus d'innovation militaire est aussi fermement adossée à un « système industriel militaro-sécuritaire » dominé par le capital financier et profondément enraciné dans la société, particulièrement aux États-Unis, mais aussi progressivement dans l'Union européenne. La subordination croissante des réseaux d'innovation aux politiques de sécurité fortement déterminées par les attentes des marchés financiers pose à la société civile un défi capital : celui de se ré-approprier les choix qui concernent l'avenir que les sciences et les technologies préparent à l'humanité.

Étude du projet de loi sur les armes de la Ministre Laurette Onkelinx

Le 3 juin 2005, le Conseil des ministres a approuvé en deuxième lecture un projet de loi déposé par la ministre de la Justice Laurette Onkelinx visant à remplacer la législation actuelle sur les armes, qui est basée essentiellement sur une loi de 1933. Cette dernière étant parcellaire, complexe et inadaptée et engendrant de nombreuses difficultés pratiques, un nouveau texte a été déposé conformément à la déclaration gouvernementale de juillet 2003 afin de contrôler plus efficacement le marché légal des armes en Belgique et de remédier aux lacunes de la législation actuelle qui permettent d'alimenter le marché illicite.

Les Nouvelles du GRIP 4/2005

  • Après le 11 septembre - Les échecs de la guerre préventive (Bernard Adam)
  • Irak : utilisation de bombes au phosphore blanc par l’armée américaine (Cédric Poitevin)
  • Trafics d’armes au Kivu: étude achevée (Georges Berghezan)
  • Recsa : un nouveau centre régional sur les armes légères (Ilhan Berkol)
  • L’expertise du GRIP reconnue en Afrique de l’Ouest (Xavier Zeebroek)

        

RDC : Report des élections et enjeu des groupes armés à l'Est

Deux événements majeurs ont marqué l'actualité de la République démocratique du Congo (RDC) au cours des mois de mai, juin et juillet 2005.[1] D'une part, la prolongation de la transition politique au delà du 30 juin 2005 a donné lieu à des tensions et parfois à des affrontements à Kinshasa, Mbuji Mayi et dans la diaspora congolaise à Bruxelles. D'autre part, la recrudescence de la violence à l'est du pays à cause notamment de la présence de groupes armés. Malgré la démobilisation de plus de 15 mille miliciens dans le district de l'Ituri, un millier de combattants locaux refusent de déposer les armes et mènent des attaques contre les civils et la Monuc (Mission de l'organisation des Nations unies en RDC). Pendant ce temps, les rebelles hutu rwandais, connus sous le nom de Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et les milices locales congolaises sèment la terreur au Nord et au Sud-Kivu. Ainsi l'insécurité croissante à l'Est constitue un des obstacles à la préparation des élections prévues au plus tard en juin 2006. Conscients de l'importance de l'enjeu, le gouvernement de Kinshasa et la Monuc adoptent progressivement une approche de fermeté en vue du désarmement des groupes armés et du rapatriement des FDLR. Eu égard aux résultats peu probants du désarmement volontaire privilégié ces dernières années[2], le désarmement forcé semble être la seule option efficace pour mettre fin à la violence à l'Est. Il exigera néanmoins une grande volonté politique et la mobilisation des moyens humains et matériels considérables.

Prolifération nucléaire : un état des lieux

L’actualité du dossier iranien nous rappelle les risques de la prolifération nucléaire. Depuis la fin de la Guerre froide, la majorité des pays ont accédé au Traité de non-prolifération, s’engageant à ne pas acquérir l’arme nucléaire. Le cas de la Corée du Nord a cependant illustré le risque d’un pays profitant de son droit à l’utilisation pacifique de l’énergie pour se « nucléariser ». La découverte du réseau d’Abdul Qadeer Khan au Pakistan en 2003, a également mis en lumière une voie pour les fournitures nucléaires. 

Cette note d’analyse fait le point sur les 9 pays qui possèdent l’arme nucléaire et les risques actuels de la prolifération vers d’autres Etats, y compris le cas de l’Iran. Elle conclut à une politique de « deux poids, deux mesures » menée par les Etats nucléaires vis-à-vis de la prolifération.

MONUC : les défis d'une mission de maintien de la paix

Depuis sa création le 30 novembre 1999 par le Conseil de sécurité, la Mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo[1] (Monuc) a connu des changements significatifs, à la fois au niveau de son mandat et de ses capacités. Cependant, cinq ans et demi après sa mise en place, la paix et la stabilité ne sont pas encore au rendez-vous en RDC. En effet, la persistance de la violence dans plusieurs régions du pays, notamment à l'Est (Nord et Sud Kivu ainsi que l'Ituri), les retards dans la préparation des élections générales et dans la mise en oeuvre des programmes DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion) et DDRRR (désarmement, démobilisation, rapatriement, réinstallation et réinsertion) montrent que les défis à relever restent nombreux si l'on veut doter le pays d'institutions stables et légitimes. 

Depuis le début, une série de facteurs ont handicapé, directement ou indirectement, le déroulement de la plus grande intervention de maintien de la paix dans le monde aujourd'hui. L'adoption d'une approche plus ferme depuis la fin de l'année 2004 tend toutefois à redonner de la crédibilité à la Monuc ...

TNP : la crise du régime de non-prolifération

Au cours de ces dernières années, le régime de non-prolifération a été affaibli par divers événements : la découverte d’un réseau clandestin de transferts de technologies et matériels nucléaires au Pakistan, de programmes en Libye ainsi que la déclaration de possession de l’arme nucléaire de la Corée du Nord. Alors que les Etats dotés de l’arme nucléaire (EDAN) demandent une plus grande action contre la prolifération, les Etats non dotés de l’arme nucléaire (ENDAN) exigent la mise en oeuvre du désarmement tel que le prévoit le Traité de non-prolifération (TNP). 

Dans ce contexte international tendu, la Conférence de révision du TNP, qui s’est déroulée du 2 au 27 mai 2005, s’est terminée sans consensus. Les difficultés procédurales, la question du respect des obligations des Etats membres et le blocage de certains acteurs constituent les raisons principales de cet échec. Les Etats-Unis s’y sont particulièrement distingués par leur politique de sape du régime multilatéral. Pour sortir de l’impasse, les Etats devraient en revenir à leurs obligations originelles : le désarmement, la non-prolifération des armes et l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.

Les Nouvelles du GRIP 3/2005

  • Après l’ouragan Katrina - L’incompétence, une arme de destruction massive (Luc Mampaey)
  • Trafic d’armes : une enquête du GRIP au Kivu (Georges Berghezan)
  • Un partenariat avec le magazine GEO - Palmares 2005 de la contribution à la paix dans le monde (Xavier Zeebroek)
  • Aux urnes pour interdire les armes (Claudio Gramizzi)

 

Irak, 2 ans : Etat des lieux d’un échec

Le 31 mai dernier, le ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, présentait au Conseil de sécurité des Nations unies la demande officielle de l’Irak de proroger le mandat de la « force multinationale » institué par la résolution 1546 du 8 juin 2004. Si le ministre s’est dit impatient de voir les forces étrangères quitter le pays, il n’en a pas moins loué les troupes américaines et britanniques qui, en « contribuant à la sécurité », ont permis des « avancées spectaculaires » sur la « voie de la démocratie ». 

A la veille de la conférence internationale sur l’Irak, organisée à Bruxelles ce 22 juin sous l’égide des Etats-Unis et de l’Union européenne en vue de réaffirmer le soutien politique au gouvernement irakien, on peut souhaiter que les discours officiels dépassent enfin la langue de bois et relayent plus sérieusement la complexité de la situation sur le terrain. Car ce genre de voeux pieux, auquel nous ont habitués les membres de l’Administration Bush, ne résiste pas à l’analyse. Les différents éléments qui permettent d’évaluer la situation de l’Irak, deux ans après l’intervention militaire des troupes américano-britanniques, montrent l’échec cuisant de cette entreprise de nation-building menée par l’armée la plus puissante au monde, en dépit de l’opposition d’une grande partie de la communauté internationale[1]. Cette communauté internationale (Onu, Otan et UE) qui, depuis les premiers signes de désenchantement, est de plus en plus sollicitée par le président Bush pour gérer « l’après-conflit » et sortir de l’ornière.

Champ libre à la militarisation de l'Europe - Regard critique sur la 'Constitution' et l’Agence européenne de défense

Compromis bancal, parfois au seuil de l'illisibilité pour le lecteur non initié au jargon communautaire, le « Traité établissant une Constitution pour l'Europe » [1] sur lequel se sont finalement entendu les 25 chefs d'Etats et de gouvernements réunis à Rome le 24 octobre 2004 révèle, en matière de sécurité, de défense et d'armement, quelques innovations. Le moins que l’on puisse dire est que l’idée très en vogue d’une « Europe, puissance tranquille » empruntée à Tzvetan Todorov [2] est plutôt malmenée. Les nouvelles dispositions de ce traité « constitutionnel » fournissent au renforcement du militarisme européen le cadre favorable qu’attendaient beaucoup d’États et d’industries. Il libère résolument les ambitions de puissance militaire des entraves qu’avaient maintenues Maastricht, Amsterdam et Nice ...

Les organes de défense et de sécurité face aux élections et à la crise sécuritaire à l'Est de RDC

Les élections prochaines constituent un moment déterminant pour l’avenir politique, économique et social de la RDC. Cette perspective de requalification de l’Etat se trouve contrariée par l’insécurité endogène à l’est du pays et par les régulières intrusions militaires rwandaises à la poursuite de rebelles rwandais réfractaires au désarmement volontaire.Cette situation complexe exige des précautions et des actions minutieuses et énergiques.

C’est pourquoi une attention affinée doit être portée sur l’état de l’armée, de la police et des services civils de renseignement de manière à ne permettre à ces organes de ne jouer que les rôles les plus compatibles et les plus positifs pour la réussite des élections et pour contrecarrer la persistance de la belligérance à l’Est.

Afrique Centrale – Médias et conflits: vecteurs de guerre ou acteurs de paix

Les médias peuvent-ils être neutres lorsqu’ils couvrent un conflit ? Les journalistes sont-ils de simples observateurs ou des acteurs à part entière des crises politiques et des affrontements armés qu’ils relatent ? Ces questions cruciales ont suscité de nombreuses réflexions depuis la première guerre du Golfe en 1990. Mais l’Afrique Centrale, qui est aujourd’hui la région au monde qui enregistre le plus grand nombre de conflits dits « majeurs », n’avait pas, jusqu’ici, fait l’objet d’une attention particulière.

La crise nucléaire iranienne : un enjeu international

A quelques jours des élections présidentielles, le pouvoir iranien est confronté à de multiples pressions, qui pourraient l’amener à adopter des changements importants ;

Les difficultés économiques et politiques internes poussent Téhéran à vouloir s’insérer dans l’économie mondiale, tandis que le pays reste marginalisé par la communauté internationale ;

Un élément clé de cette marginalisation est la « crise nucléaire » : l’Iran affirme vouloir uniquement développer des capacités nucléaires civiles, mais est accusé de vouloir fabriquer secrètement des armes nucléaires ;

Dans ce contexte, les Etats-Unis ont été jusqu’à menacer un moment d’attaquer l’Iran militairement. La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont lancé, au nom de l’UE, une initiative alternative basée sur le dialogue et la négociation. C’est la première fois que l’UE en tant que telle joue un rôle actif face à une grande crise internationale ;

La politique européenne consiste à proposer à Téhéran une coopération économique et technologique avantageuse avec l’UE, ainsi que l’insertion de l’Iran dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En échange, l’Iran devrait renoncer à tout programme nucléaire militaire, et accepter que ses installations soient inspectées sans limite par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ; 

Les Etats-Unis ont déclaré en février dernier être disposés à soutenir la démarche européenne. Depuis lors, leur attitude, essentielle dans ce dossier, a cependant été ambiguë ;

L’Iran, qui vit dans un environnement régional et international hostile, veut obtenir des garanties quant à sa sécurité, et quant à la position américaine notamment ; 

Dans ce contexte, les négociations euro-iraniennes sont difficiles.

Exportation de matériel de production de munitions : les pratiques de la Belgique, de la France et de l'Allemagne

L’augmentation du nombre de producteurs autorisés est un des principaux facteurs qui contribuent à la large disponibilité des armes légères et de petit calibre (ALPC) ainsi que de leurs munitions. Cette multiplication des producteurs découle en bonne partie des transferts d’équipement de production. Une fois installé, un tel équipement peut servir à la production des ALPC pendant des décennies. La multiplication des sources de production a pour conséquence regrettable la plus grande disponibilité des ALPC pour des utilisateurs finaux indésirables ou non autorisés. Afin d'éviter de contribuer à la prolifération des ALPC et de leurs munitions, de plus en plus d'États adoptent des pratiques restrictives en matière d'exportation de matériel de production servant à les fabriquer.

Cette note a pour but de comparer les principales pratiques des trois pays dans lesquels se situent les plus importants fabricants mondiaux d'équipement moderne de production de munitions pour ALPC à usage militaire et policier. Les fabricants sont la New Lachaussée et EDB Engineering en Belgique, Manurhin Equipment en France, et Fritz Werner en Allemagne. Il apparaît que les pratiques belges sont moins restrictives que celles de la France et de l’Allemagne, qui ont toutes les deux souscrit à une politique de prudence. Cette politique a pour but d’éviter le détournement des armements produits avec des machines vendues par ces deux pays. Les pratiques moins restrictives de la Belgique signifient qu’elle se met à contre-courant de cette politique de prudence, fondamentale dans la prévention des conflits et la lutte contre la prolifération des ALPC. La Belgique affaiblit ainsi les efforts en train de se mettre en place au sein de l’Union européenne et consentis par ses voisins.

La militarisation de l'aide humanitaire en Afghanistan

- Plus de trois ans après l’opération Enduring Freedom, au terme de laquelle les Etats-Unis et une coalition internationale renversèrent le régime des Taliban en décembre 2001, les problèmes d’insécurité et de stabilité demeurent aigus en Afghanistan.

- Pour lutter contre ces problèmes, 19 « Equipes provinciales de reconstruction » (EPR) opèrent dans différentes régions. Il s’agit de structures militaro-civiles régionales, formées de personnel américain et international.

- Bien que composées à 90 % de personnel militaire, ces EPR interviennent énormément dans les domaines de l’aide au développement et de l’aide humanitaire. Le financement des EPR a ainsi permis la réhabilitation ou la construction de plus de 400 écoles, 600 puits et 170 cliniques.

- Les gouvernements américain et britannique conçoivent ouvertement leur aide humanitaire comme un instrument de combat contre le terrorisme. L’exemple de l’EPR de Mazar-i-Sharif montre que l’aide dans la région a été conditionnée à la collaboration des populations à la lutte contre les groupes armés, et qu’elle est réalisée sans coordination avec les organisations humanitaires.

- Cette politique se répercute également sur la qualité de l’aide apportée et crée une confusion, dans l’esprit des populations, entre le travail des organisations non gouvernementales et les EPR, essentiellement militaires.

- Les ONG sont ainsi devenues la cible de mouvements radicaux, qui ont assassiné 37 travailleurs humanitaires depuis début 2003.
- En conséquence, les ONG demandent une redéfinition claire du mandat et du rôle des EPR, qui doivent, selon elles, recentrer leur action sur la stabilisation et la sécurité. Elles souhaitent également que soit instaurée une collaboration plus étroite avec le gouvernement et les autorités.

La persistance du trafic d'armes de Tanzanie vers la RDC et le Burundi

La prolifération et le trafic illicite des armes légères dans la région des Grands Lacs sont parmi les principales conséquences des guerres qui ont désolé pendant plus d’une décennie trois des pays de cette région, à savoir la République démocratique du Congo (RDC), le Burundi et le Rwanda. Les accords politiques pour la paix signés de part et d’autre, le processus de la transition dans laquelle sont impliqués la RDC et le Burundi, le processus d’intégration dans les armées nationales unifiées des différents groupes armés ayant pris part à la guerre au Burundi et au Congo-Kinshasa, tout cela n’a pas suffi à mettre fin aux trafics d’armes légères et de munitions qui se poursuivent encore à l’est de la RDC et au Burundi ...

La mort d’Aslan Maskhadov et la politique russe dans le conflit de Tchétchénie

L’élimination physique d’Aslan Maskhadov, chef de file modéré du mouvement indépendentiste tchétchène, hypothèque lourdement les possibilités de négociations entre le gouvernement russe et les séparatistes. Bien que les circonstances de la mort de Maskhadov soient incertaines, elle est cependant revendiquée par le gouvernement russe. Cet acte et cette revendication sont regrettables, car la perte du leader tchétchène modéré risque de remotiver les extrémistes en Tchétchénie et d’attiser ainsi le terrorisme, plutôt que de le combattre.

L’adoption d’une nouvelle constitution tchétchène et l’élection d’un nouveau président pro-russe en 2003 n’ont pas apporté la stabilité espérée. Le combat des indépendantistes et des groupes extrémistes se poursuit, et les attentats se multiplient depuis 2003. De plus, le conflit s’étend aux républiques voisines. Ce conflit, qui perdure depuis dix ans, a un impact humain considérable et déstabilise toute la région caucasienne, proche de nouvelles frontières de l'Union européenne. 

L’élimination physique de Aslan Maskhadov, reflet d’une politique sans concession de Vladimir Poutine, semble confirmer qu’une résolution pacifique du conflit ne pourra être amorcée qu’au travers d’une action de la communauté internationale. Les organisations européennes, en particulier, ont des raisons tant légales que stratégiques de s’impliquer dans ce processus de paix. En l’absence d'une volonté américaine et d'une capacité onusienne, seule leur implication, individuelle ou conjointe, pourrait mettre fin au cycle de la violence dans le Caucase du Nord.

Un nouvel élan pour les relations transatlantiques ? Les discours, les faits…et l’Iran

1. Les visites de la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice et du Président Georges Bush en Europe sont-ils le signe d’un changement de politique extérieure des Etats-Unis ? De part et d’autre de l’Atlantique, il existe une volonté manifeste de rapprochement. Mais de nombreuses questions subsistent. Certains discours semblent indiquer une ouverture américaine face aux conceptions défendues par les Européens, mais d’autres confirment une certaine continuité dans la doctrine américaine. Au-delà de la rhétorique, ce seront les faits concrets qui pourront indiquer si nous assistons à un changement ou une continuité de la politique américaine.

2. Les premiers demandeurs du rapprochement sont les Etats-Unis. Malgré le succès des élections en Irak, la situation militaire sur le terrain est catastrophique. L’enlisement actuel n’avait pas été prévu par les dirigeants américains qui pensaient que les opérations militaires seraient limitées et sans trop de dommages. Après 20 mois de guerre, il y a eu 1.100 morts parmi les soldats américains, plus de 10.000 morts parmi les policiers irakiens et environ 100.000 morts au sein de la population civile. Les Américains ont besoin de leurs alliés européens parce qu’ils sont incapables militairement et financièrement d’assumer les conséquences de leur entrée en guerre en Irak. L’Irak reste le premier dossier sur lequel les Américains et une majorité de pays européens restent divisés.

3. En revanche, il semble qu’un rapprochement se dessine sur le conflit israélo-palestinien. Après quatre années d’absence – à part leur soutien à la politique du gouvernement israélien – les Etats-Unis commencent à s’impliquer dans la recherche d’une solution équilibrée. Le retour américain sur la scène israélo-palestinienne est sans doute dicté par l’évolution des réalités politiques palestiniennes (décès d’Arafat, élection du modéré Abou Mazen à la tête de l’autorité palestinienne) et israéliennes (retrait de la bande de Gaza, entrée des travaillistes au gouvernement), qui permettent d’envisager un nouveau processus de négociation. 

4. Sur beaucoup d’autres dossiers, les discours récents montrent que les Etats-Unis restent peu enclin à modifier leurs positions différentes de celles de l’Union européenne. Citons notamment la Chine, Cuba, la Cour pénale internationale ou la ratification du Protocole de Kyoto.

5. La question de l’Iran sera sans doute la plus importante dans les relations euro-américaines dans les prochains mois. Face aux ambiguïtés des déclarations des responsables iraniens, soupçonnés de vouloir développer un programme nucléaire militaire, les Européens ont privilégié la voie de la négociation afin que l’Iran respecte le Traité de non-prolifération nucléaire. Les discours des responsables américains restent fort menaçants puisqu’ils n’excluent pas des opérations militaires. Il paraît peu plausible que les Américains lancent contre l’Iran une opération analogue à celle menée en Irak (les forces iraniennes sont bien équipées et les Américains n’ont pas les moyens de se lancer dans une deuxième guerre). Par contre, ils pourraient envisager de mener des bombardements ciblés sur certaines installations, soupçonnées d’être utilisées dans le programme nucléaire de l’Iran. Relevons que la plupart des opposants à l’actuel gouvernement iranien considèrent qu’une telle action militaire américaine aurait pour conséquence de renforcer le camp des conservateurs qui se présenterait comme victime d’une agression étrangère et qui pourrait renforcer sa popularité au sein de la population iranienne.

6. Les Américains donnent l’apparence de devenir moins unilatéraux dans leurs actions internationales, suite aux difficultés qu’ils rencontrent en Irak. Mais ceci ne signifie pas encore qu’ils optent pour un multilatéralisme, dans le cadre d’institutions comme les Nations Unies, à l’instar de la politique de l’Union européenne. Les Américains restent partisans d’alliances variables en fonction des lieux et des problèmes, ce qui leur permettra de garder un leadership dans les décisions. Par ailleurs, l’usage de la force reste, malgré certaines nuances dans les discours, considéré comme l’un des outils « normaux » au service de la politique extérieure des Etats-Unis. Mais le cours des événements (difficultés persistantes en Irak, ouvertures israélo-palestiniennes, succès européen en Iran), pourrait amener les Européens à faire évoluer les Etats-Unis vers une politique moins unilatéraliste et moins belliciste.

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