Mali : de l'intervention militaire française à la reconstruction de l'État

Toute intervention militaire étrangère, comme celle lancée par la France le 11 janvier 2013 au Mali, pose question. Est-elle légitime au regard du droit international ? Quels sont ses objectifs officiels ? N’y a-t-il pas d’autres intentions non déclarés ? Est-ce raisonnable de parler de « lutte contre le terrorisme », rappelant ainsi un certain discours « bushien » ? Comment interpréter l’absence de troupes d’autres pays européens ? Si cette action militaire est apparue comme nécessaire pour stopper une brusque et inattendue offensive vers le Sud des groupes djihadistes qui occupaient le Nord-Mali depuis début 2012, elle ne sera sûrement pas suffisante pour apporter une sécurité durable.

« Pas de sécurité sans développement », réaffirme l’auteur, reprenant le constat émis en 2005 par Kofi Annan, à l’époque Secrétaire général des Nations unies. Ici, pour le Mali, cela nécessitera de lancer un vaste chantier de reconstruction de l’Etat. Les grandes lignes en sont : le dialogue avec les populations du Nord-Mali, dont les Touareg, trop longtemps délaissées ; la relance d’une vie politique démocratique après une période marquée par la corruption, le clientélisme et la proximité des trafics de drogue ; la reconstitution d’une armée actuellement divisée, politisée et peu opérationnelle. Il va sans dire qu’il faudra trouver de nouvelles ressources pour financer les politiques publiques de développement. Si des réformes internes sont indispensables, le défi ne pourra être relevé sans un apport accru de l’aide internationale, notamment de l’Union européenne. La paix est à ce prix !

 

Bernard Adam, directeur du GRIP de 1979 à 2010, est actuellement président de son conseil d’administration. En tant que chercheur, il a réalisé plusieurs études sur le terrorisme et les conflits dans l’ex-Yougoslavie, en Afghanistan et en Irak.