Ex-Yougoslavie - L'embargo sur les armes et le réarmement actuel

Le texte que nous publions dans ce "Rapport du GRIP" a pour objectif de réaliser une synthèse sur les données relatives aux acquisitions d’armements des États issus de l'ancienne Yougoslavie. L’auteur de cette étude, Georges Berghezan, chargé de recherche au GRIP, connaît bien la réalité de terrain de l'ex-Yougoslavie pour y avoir séjourné à de nombreuses reprises. Bien que la plupart des sources de ce rapport soient publiques, celles-ci ont pu être augmentées ou recoupées par l'auteur sur base de témoignages directs recueillis en ex-Yougoslavie. Relevons qu'à notre connaissance ce type d’étude sur les transferts d’armes vers l'ex-Yougoslavie est l'un des rares, sinon le seul, à avoir été diffusé publiquement à ce jour.
L'embargo sur les livraisons d’armes à destination de l'ex-Yougoslavie décrété le 26 septembre 1991 par le Conseil de sécurité a sans doute été celui qui a été le moins respecté de tous les embargos, et vraisemblablement celui qui a été le plus massivement contourné. Insistons ici sur une erreur à ne pas commettre. Il ne faudrait en effet pas conclure que puisque cet embargo n'a pu être appliqué, il ne sert à rien d'en imposer de nouveaux à l'avenir. Au contraire, un embargo sur les armes reste un outil permettant à tout le moins de freiner l'afflux d'armement vers une région en crise ou en conflit. Ce n'est pas parce que des automobilistes brûlent des feux rouges qu'il faut supprimer ceux-ci... La question essentielle reste de savoir quelles mesures doivent être prises et surtout quels moyens doivent être mobilisés pour resserrer les mailles du filet de l'embargo, notamment en opérant des contrôles sérieux et suffisants.
Les informations recueillies dans ce rapport sur le contournement de l'embargo entre 1991 et 1995 permettent de mettre en évidence trois types de réalités. Primo, le grand nombre de pays impliqués dans toutes les régions du monde atteste une fois de plus de la nécessité de compléter la décision internationale décrétant l'embargo (la résolution du Conseil de sécurité) par des dispositifs juridiques et des contrôles dans les différents États ou par groupe d’États (notamment par l'Union européenne en tant que telle).
Secundo, de nombreuses informations indi-quent qu'une grande partie des armements utilisés....