National Missile Defense : Le retour de la Guerre des Étoiles et les enjeux stratégiques

Ce Rapport du GRIP fait le point sur le projet américain de bouclier de défense anti-missiles. La National Missile Defense (NMD) sera au centre des discussions, lors du sommet Clinton – Poutine des 4 et 5 juin à Moscou. Une décision américaine sur la NMD est attendue au plus tard à l'automne prochain. Le projet NMD est destiné à protéger les 50 États américains contre une attaque de missiles balistiques lancés par ce que les États-Unis définissent comme les « États voyous » (Rogue States, tels que la Corée du Nord ou l’Irak).

La NMD devrait aboutir, à l'horizon 2015, à la mise en place de 250 intercepteurs défensifs sur deux sites. Son aspect le plus inquiétant concerne la projection de l'architecture NMD dans l'espace. Au départ d’un simple système de détection et de pré-alerte, une phase ultérieure pourrait consister à élargir le champ stratégique traditionnel terre-mer-air à la dimension spatiale, et donc conduire à la militarisation de l’espace. Certes, on en est encore loin, mais la dynamique actuelle rend inéluctable un processus de domination militaire de l'espace exo-atmosphérique – synthétisé par l'US SPACE COMMAND sous la formule Masters of Space – où il serait notamment question d'armes anti-satellites (ASAT Weapon). Une nouvelle course aux armements risque d’en être la conséquence.

L’obstacle à cet engrenage, c’est le traité russo-américain ABM (Anti-Ballistic Missile Treaty) qui interdit explicitement, en son article I, le système projeté par l'administration Clinton. Mais que fera Vladimir Poutine ? A-t-il les moyens de refuser la proposition américaine d'amender le traité ABM? Le Rapport du GRIP démontre qu'il n'en a ni les moyens ni les intentions. Un double accord russo-américain sur les armes stratégiques offensives (futur START III) et défensives (ABM modifié) permettrait à M. Poutine une double restructuration de ses forces conventionnelles et nucléaires. Certes de nombreuses divergences subsistent. Mais le sommet Clinton-Poutine est à envisager comme une étape capitale pour le président Clinton qui souhaite à tout prix un accord avant la fin de son mandat en janvier 2001.

En ce monde multiforme, qui se confirme à l'aube du XXIè siècle, les instruments juridiques du passé ne peuvent être que multilatéralisés. A défaut, il est fort à craindre que les intentions initiales soient dévoyées à des fins hégémoniques et géopolitiques. La Chine serait ainsi marginalisée. Quant au concept de Rogue States, menace présumée contre la sécurité nationale américaine, il comporte des conséquences imprévisibles pour l'ensemble des relations internationales, dans un contexte Nord-Sud interprété de manière manichéenne. 

L’Europe est-elle disposée à supporter les dangereuses conséquences idéologiques, politiques, militaires et stratégiques de ce schéma imposé par les États-Unis ? Et un débat démocratique est-il tout simplement possible sur ce thème au sein de l'Union européenne ?