FN Herstal. Quel avenir pour la tradition armurière ?

Le 2 octobre 1997, la Région wallonne décide la reprise de l’ensemble des parts de la FN. Elle deviendra donc propriétaire à 100% de l’entreprise d’armement. Ironie du sort, le même jour et à quelques centaines de mètres du siège du Gouvernement wallon, l’auteur de ces lignes était invité à s’exprimer au cours d’un colloque la « prévention des conflits » organisé par le Secrétaire d’Etat à la Coopération au développement, M. Réginald Moreels. Il y a été notamment expliqué la nécessité de limiter les exportations d’armes et de restreindre leur production.

La décision de la Région wallonne est délicate. D’une part on peut comprendre l’attitude des responsables de l’économie wallonne voulant maintenir l’emploi et l’existence d’un lieu d’innovation technologique. Et on peut également comprendre le refus de la cession à l’américain Colt dont le but final était vraisemblablement d’éliminer un concurrent en en tirant au préalable toute la substance (les laboratoires et le réseau commercial) pour mieux vendre ensuite ses armements dans le monde.

D’autre part, on ne peut nier que cette décision bute contre deux réalités. La première, purement économique : le marché de l’armement est en surcapacité après la fin de la guerre froide et la démobilisation de nombreuses forces armées dans le monde. La conséquence est double. D’abord les besoins ont chuté, on achète donc moins. Ensuite, les stocks d’armes existants sont énormes, on les met donc en vente sur le marché de seconde main.

La deuxième réalité est éthique et géopolitique. Depuis quelques années, la conception de la sécurité internationale a changé. Aujourd’hui, il n’est plus admissible de régler par les armes les conflits d’intérêts entre Etats ou communautés. Le droit international avait déjà défini cette conception en 1945 dans la Charte des Nations Unies, mais il a fallu la chute du mur de Berlin pour qu’elle commence tout doucement à s’appliquer. Surtout, depuis que les pays industrialisés sont régulièrement appelés à envoyer des Casques bleus pour séparer les belligérants dans des opérations de « peacekeeping ». Les pays industrialisés se sont rendus compte, en réalisant ces médiations, de l’absolue de lutter contre la militarisation et les milices locales. Or, dans de nombreux on s’est aperçu que les armes présentes conflits provenaient de ces mêmes industrialisés. C’est le paradoxe du pyromane contraint à se transformer en pompier.