La crise ivoirienne : de la tentative de coup d'Etat à la nomination du gouvernement de réconciliation nationale

Depuis le coup d’Etat du 24 décembre 1999 et la période de violence qui suivit, les signaux encourageants semblaient se succéder, laissant entrevoir la fin de l’instabilité. Mais la Côte-d’Ivoire a plongé à nouveau dans une crise profonde.

Née dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 comme une simple mutinerie, la rébellion armée qui secoue toute la sous-région présente des contours qui demeurent, encore à ce jour, flous et indéfinis.

L’objectif de ce rapport est tout d’abord de décrire les événements qui ont déchiré ce pays, depuis l’éclatement de la crise jusqu’au 13 mars 2003, jour où s’est tenue la première session du Conseil des ministres du gouvernement de réconciliation nationale issu des Accords de paix signés le 24 janvier 2003 lors de la Table ronde de Marcoussis.

Nous tenterons également, dans la mesure du possible, d’esquisser un profil des rebelles ainsi qu’un premier bilan de six mois de combats. Il faudra inévitablement considérer celui-ci comme non définitif, les informations disponibles sur la situation dans la partie du territoire sous contrôle de la rébellion étant souvent incomplètes. Pour tenter de mieux comprendre la situation qui règne sur le terrain, nous consacrerons également un chapitre de cette étude au comportement des différents acteurs qui ont pris part aux combats et aux réactions engendrées par ce conflit au sein de la population ivoirienne.

Compte tenu de l’importance de la Côte-d’Ivoire dans les équilibres régionaux et des liens privilégiés qu’elle entretient avec l’ancienne puissance coloniale française, nous nous intéresserons aussi aux réactions et aux initiatives pour résoudre le conflit enregistrées au courant de ces six derniers mois, tant au niveau de l’Afrique occidentale que de la communauté internationale, avec une attention particulière pour le rôle joué par Paris. Dans ce cadre, nous Analyserons avec attention le contenu des textes de l’Accord de Marcoussis, véritable tournant dans l’évolution de la crise, en cherchant à prévoir les conséquences directes de leur application.

Dans la conclusion, nous nous concentrerons essentiellement sur les événements qui ont suivi la signature de ces Accords en passant en revue les réactions enregistrées au sein de la société ivoirienne, du pouvoir, de l’armée loyaliste, des forces de l’ordre et des mouvements rebelles.

Enfin, nous verrons dans quel cadre et suivant quelles étapes la nomination du gouvernement de réconciliation nationale a été possible. Notre étude se conclut ainsi, d’un point de vue chronologique, à la première réunion des Ministres dudit gouvernement, le 13 mars 2003.

Si nous nous sommes attardés davantage sur la situation dans la partie du territoire sous contrôle gouvernemental et sur le comportement des forces loyalistes, cela ne tient pas d’un choix précis de notre part, ni encore moins d’une tentative délibérée de condamnation du pouvoir institutionnel de M. Gbagbo, mais simplement d’une plus grande disponibilité de sources d’information et de documents. De plus, si nous avons formulé des critiques à l’égard du gouvernement ivoirien dans sa gestion de la crise et émis des réserves quant aux choix qu’il a adoptés, nous n’entendons nullement justifier la prise des armes comme option politique ni cautionner les crimes commis par la rébellion armée.

Soulignons enfin que notre étude a pris fin à la date du 19 mars 2003, alors que la crise sur le terrain ne s’était pas encore définitivement résorbée et que plusieurs scénarios restaient envisageables.