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par Cédric POITEVIN, Chargé
de mission au GRIP, et Ilhan BERKOL, Chargé de recherche
au GRIP
23 mars 2005
Le lundi 22 mars 2005, dans la réserve indienne de Red Lake, dans l’Etat
américain du Minnesota, un adolescent a mortellement blessé
son grand-père et l’amie de celui-ci. Par la suite, il s’est
rendu à son école où il a ouvert le feu, tué sept
personnes en blessant une autre quinzaine avant de se donner la mort après
un échange de tirs avec la police. Selon les autorités, ce massacre
aurait été perpétré au moyen des armes de service
de son grand-père, policier à Red Lake : deux armes de poing
et un fusil de chasse. L’adolescent s’était par ailleurs
emparé d’un gilet pare-balles et de la voiture de service de
son grand-père[1].
48 morts dans les écoles américaines
depuis 1997
Depuis 1997, 17 massacres à l’arme à feu ont
eu lieu dans des écoles américaines faisant au total 48 morts
et plus de 90 blessés[2]. Dernièrement, plusieurs fusillades
ont fait la une des actualités américaines mettant en évidence
les problèmes soulevés par la disponibilité et la détention
d’armes.
Le 2 juillet 2004, un ancien employé d’une usine du Kansas a
ouvert le feu à l’intérieur de celle-ci, tuant cinq personnes
au moyen de deux armes de poing et s’est donné la mort par la
suite
[3].
Le 12 mars 2005, dans le Wisconsin, un homme a tué sept personnes lors
d’un office religieux avant de retourner son arme de poing de 9mm contre
soi[4].
Quelques jours auparavant, un enfant de quatre ans avait blessé grièvement
son frère cadet de deux ans avec l’arme chargée et toute
neuve que sa mère gardait dans son sac à main pour se défendre
contre le vol [5].
En Europe
Ce type d’événements ne se déroule pas exclusivement aux Etats-Unis. Ces dernières années, l’Europe a également été le théâtre de fusillades semblables comme le drame de Nanterre en France (le 27 mars 2002 et qui a fait 8 morts), la tuerie dans une école maternelle en Allemagne (le 26 avril 2002, qui a provoqué la mort de 17 personnes), le massacre de Dunblane en Grande-Bretagne (le 13 mars 1996, lorsque 16 personnes furent tuées) ou encore celui du Parlement cantonal de Zoug en Suisse (le 27 septembre 2001, qui a fait 15 victimes). Toutefois, leur fréquence est beaucoup plus élevée aux Etats-Unis que dans n’importe quel autre pays industrialisé.
30.000 morts, par armes à feu, chaque année, aux Etats-Unis
A ce propos, il est bon de rappeler
certaines statistiques : les Etats-Unis détiennent le record
du taux de mortalité par armes à feu dans les zones hors conflits[6]. Si l’on prend en compte
le total des morts par armes à feu aux Etats-Unis en 2003, on recense
30.242 victimes (soit 83 par jour) répartis comme suit : 17.108 suicides,
11.829 homicides et 762 tirs non-intentionnels ou accidentels[7].
Douze fois plus d'homicides par arme à
feu aux Etats-Unis qu'en Europe
En ce qui concerne uniquement les homicides par armes à feu, les chiffres
y sont les plus élevés parmi les pays industrialisés
: après un pic en 1993 de 17.048 victimes, le nombre de morts par an
s’est stabilisé autour de 11.000 (en 2003, 11.041)[8].
Toutefois, ces chiffres restent disproportionnés en comparaison des
chiffres européens : en 2002, les USA ont connu 10.801 homicides pour
275 millions d’habitants tandis que l’UE a compté 1.260
homicides pour 376 millions d’habitants[9].
Cela signifie que, proportionnellement, il y a 12 fois plus d'homicides par
arme à feu aux Etats-Unis qu'en Europe.
Les statistiques américaines des crimes perpétrés à
l’aide d’armes à feu sont également très
élevées : en 2003, on en dénombrait 347.705, soit 119,6
pour 100.000 habitants [10].
La grande disponibilité en armes
à feu accroît la violence
Les études scientifiques les plus récentes menées sur
les effets des armes à feu ont notamment établi deux constats
:
Premièrement, dans les pays industrialisés, il existe
un lien entre la disponibilité des armes et leur utilisation en dehors
du motif pour lequel elles ont été achetées.
En effet, plus il y a d’armes disponibles, plus grande est la possibilité
que celles-ci soient utilisé[11]. Il est clair que des
drames comme celui impliquant un enfant de quatre ans et son frère
cadet ou celui de Red Lake, ne sont possibles que parce que la disponibilité
des armes est importante et immédiate. Le dernier épisode en
date illustre particulièrement bien le danger de la disponibilité
des armes qui a été souligné par des études effectuées
au niveau international : elle peut encourager la préméditation
de leur usage, qu’il s’agisse d’homicides ou de
suicides. Elle permet ainsi de planifier le meurtre de plusieurs personnes
suivi tout de suite après du suicide du meurtrier
mais également de faciliter l’usage d’une arme
sous le coup d’une pulsion (« same-day crisis »)[12].
Enfin, on remarque que la disponibilité des armes est fortement corrélée
avec les suicides et les « féminicides » (meurtres
de femmes)[13], actes
souvent commis dans le cadre du foyer qui est aussi le lieu de détention
de l’arme[14].
Deuxièmement, les détenteurs d’armes et leur entourage
sont plus enclins à être victimes de crimes violents par armes
à feu que les non-détenteurs[15].
En outre, ils ont aussi un mode de vie généralement plus violent
que les non-détenteurs. Ainsi, les armes ayant servi lors de ces fusillades
étaient des armes détenues en toute légalité ce
qui n’a pas réduit pour autant leur dangerosité pour le
détenteur comme pour son entourage. En effet, les dernières
statistiques américaines prouvent que pour une utilisation
légalement justifiable d’une arme détenue par un particulier
(par exemple, dans le cadre d’une légitime défense),
il y en a 22 légalement injustifiables, à savoir 4
utilisations dans le cadre de tirs non intentionnels ou accidentels, 7 utilisations
dans le cadre d’assauts criminels ou d’homicides et 11 utilisations
dans le cadre de suicides tentés ou réussis[16].
[1] Voir « L’adolescent tueur de Red Lake ou l’ange de la mort », La Libre Belgique du 23 mars 2005 et www.cnn.com
[2] Voir « Une longue liste », Le Soir du 22 mars 2005 et sur http://news.bbc.co.uk
[3] Voir « Gunman kills five at Kansas plant », article du 3 juillet 2004 sur http://news.bbc.co.uk
[4] Voir « Church shooting baffles US police », article du 13 mars 2005 sur http://news.bbc.co.uk
[5] Information diffusée le 13 mars 2005 sur CNN et Euronews
[6] S.NOLET, La détention d’armes par les civils. Armes à feu : un enjeu en matière de santé publique, Rapport du GRIP, 2001, p.15
[7] Voir sur le site www.bradycampaign.org
[8] Voir les statistiques du US Department of Justice http://www.ojp.usdoj.gov/bjs/glance/tables/guncrimetab.htm
[9] http://www.uphs.upenn.edu/ficap/forum/docs/sept04lemaire.pdf rapport de septembre 2004
[10] Voir les chiffres disponibles sur http://www.ojp.usdoj.gov/bjs/glance/tables/guncrimetab.htm
[11] Voir sur le site de Firearm Injury Center www.uphs.upenn.edu
[12] Informations
données par M.KILLIAS, professeur à l’Ecole des sciences
criminelles de Lausanne, au colloque European Firearms Violence Data :
Limitations and Research Opportunities, Small Arms Survey, 15 mars 2005,
Genève.
[13] Ibid. 86% des
meurtres de femmes sont commis dans le cadre du foyer pour seulement 34% des
meurtres d’hommes.
[14] Ibid.
[15] Voir l’étude réalisée par International Crime Victimization Survey sur www.unicri.it/icvs et les informations de M.KILLIAS
[16] Voir
sur le site www.bradycampaign.org
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