| |
|
|---|---|
Réf. GRIP DATA : G4531 Date d'insertion : 20/02/2004 |
ANNEXE
PROGRAMME DU GOUVERNEMENT DE RECONCILIATION
Linas-Marcoussis, le 24 janvier 2003
I - Nationalité, identité, condition des étrangers
1) La Table Ronde estime que la loi 61-415 du 14 décembre 1961 portant
code de la nationalité ivoirienne modifiée par la loi 72-852
du 21 décembre 1972, fondée sur une complémentarité
entre le droit du sang et le droit du sol, et qui comporte des dispositions
ouvertes en matière de naturalisation par un acte des pouvoirs publics,
constitue un texte libéral et bien rédigé.
La Table Ronde considère en revanche que l'application de la loi soulève
de nombreuses difficultés, soit du fait de l'ignorance des populations,
soit du fait de pratiques administratives et des forces de l'ordre et de sécurité
contraires au droit et au respect des personnes.
La Table Ronde a constaté une difficulté juridique certaine
à appliquer les articles 6 et 7 du code de la nationalité. Cette
difficulté est aggravée par le fait que, dans la pratique, le
certificat de nationalité n'est valable que pendant 3 mois et que,
l'impétrant doit chaque fois faire la preuve de sa nationalité
en produisant certaines pièces. Toutefois, le code a été
appliqué jusqu'à maintenant.
En conséquence, le gouvernement de réconciliation nationale
:
a. relancera immédiatement les procédures de naturalisation
existantes en recourant à une meilleure information et le cas échéant
à des projets de coopération mis en œuvre avec le soutien
des partenaires de développement internationaux ;
b. déposera, à titre exceptionnel, dans le délai de six
mois un projet de loi de naturalisation visant à régler de façon
simple et accessible des situations aujourd'hui bloquées et renvoyées
au droit commun (notamment cas des anciens bénéficiaires des
articles 17 à 23 de la loi 61-415 abrogés par la loi 72-852,
et des personnes résidant en Côte d'Ivoire avant le 7 août
1960 et n'ayant pas exercé leur droit d'option dans les délais
prescrits), et à compléter le texte existant par l'intégration
à l'article 12 nouveau des hommes étrangers mariés à
des Ivoiriennes.
2) Pour faire face à l'incertitude et à la lenteur des processus
d'identification ainsi qu'aux dérives auxquelles les contrôles
de sécurité peuvent donner lieu, le gouvernement de réconciliation
nationale développera de nouvelles actions en matière d'état
civil et d'identification, notamment :
a. La suspension du processus d'identification en cours en attendant la prise
des décrets d'application de la loi et la mise en place, dans les meilleurs
délais, d 'une commission nationale d'identification dirigée
par un magistrat et composée des représentants des partis politiques
chargés de superviser et de contrôler l'Office national d'identification.
b. La stricte conformité de la loi sur l'identification au code de
la nationalité en ce qui concerne la preuve de la nationalité.
3) La Table Ronde, en constatant que le grand nombre d'étrangers présents
en Côte d'ivoire a largement contribué à la richesse nationale
et aidé à conférer à la Côte d'ivoire une
place et une responsabilité particulières dans la sous-région,
ce qui a bénéficié également aux pays dont sont
ces étrangers originaires, considère que les tracasseries administratives
et des forces de l'ordre et de sécurité souvent contraires au
droit et au respect des personnes dont les étrangers sont notamment
victimes peuvent provenir du dévoiement des dispositions d'identification.
a. Le gouvernement de réconciliation nationale devra donc supprimer
immédiatement les cartes de séjour prévues à l'article
8 alinéa 2 de la loi 2002-03 du 3 janvier 2002 pour les étrangers
originaires de la CEDEAO et fondera le nécessaire contrôle de
l'immigration sur des moyens d'identification non susceptibles de détournement.
b. De plus, le gouvernement de réconciliation nationale étudiera
toute disposition législative et réglementaire tendant à
améliorer la condition des étrangers et la protection de leurs
biens et de leurs personnes.
c. La Table Ronde demande par ailleurs à tous les Etats membres de
la CEDEAO de ratifier dans les meilleurs délais les protocoles existant
relatifs à la libre circulation des personnes et des biens, de pratiquer
une coopération renforcée dans la maîtrise des flux migratoires,
de respecter les droits fondamentaux des immigrants et de diversifier les
pôles de développement. Ces actions pourront être mises
en œuvre avec le soutien des partenaires de développement internationaux.
II - Régime électoral
1) La Table Ronde estime que la loi 2000-514 du 1er août 2000 portant
Code électoral ne soulève pas de difficultés et s'inscrit
dans le cadre d'un processus d'amélioration des textes et que la loi
2001-634 du 9 janvier 2001 portant création de la Commission Electorale
Indépendante constitue un progrès significatif pour l'organisation
d'élections transparentes.
2) Le gouvernement de réconciliation nationale :
a. assurera l'impartialité des mesures d'identification et d'établissement
des fichiers électoraux ;
b. proposera plusieurs amendements à la loi 2001-634 dans le sens d'une
meilleure représentation des parties prenantes à la Table Ronde
au sein de la commission centrale de la Commission Electorale Indépendante,
y compris au sein du bureau ;
c. déposera dans un délai de 6 mois un projet de loi relatif
au statut de l'opposition et au financement public des partis politiques et
des campagnes électorales ;
d. déposera dans le délai d'un an un projet de loi en matière
d'enrichissement illicite et organisera de manière effective le contrôle
des déclarations de patrimoine des personnalités élues
;
e. prendra toute mesure permettant d'assurer l'indépendance de la justice
et l'impartialité des médias, tant en matière de contentieux
électoral que de propagande électorale.
III - Eligibilité à la Présidence de la République
1) La Table Ronde considère que l'article
35 de la Constitution relatif à l'élection du Président
de la République doit éviter de se référer à
des concepts dépourvus de valeur juridique ou relevant de textes législatifs.
Le gouvernement de réconciliation nationale proposera donc que les
conditions d'éligibilité du Président de la République
soient ainsi fixées :
"Le Président de la République est élu pour cinq
ans au suffrage universel direct. Il n'est rééligible qu'une
fois.
Le candidat doit jouir de ses droits civils et politiques et être âgé
de trente-cinq ans au moins. Il doit être exclusivement de nationalité
ivoirienne né de père ou de mère Ivoirien d'origine."
2) Le Code de la nationalité sera amendé par l'adjonction aux
conditions de perte de la nationalité ivoirienne édictées
par son article 53, des mots suivants : "exerçant des fonctions
électives ou gouvernementales dans un pays étranger".
3) Le Président de la République rendra public chaque année
son bulletin de santé.
IV - Régime foncier
1) La Table Ronde estime que la loi 98-750 du
23 décembre 1998 relative au domaine foncier rural votée à
l'unanimité par l'Assemblée nationale constitue un texte de
référence dans un domaine juridiquement délicat et économiquement
crucial.
2) Cependant, le gouvernement de réconciliation nationale :
a. accompagnera la mise en œuvre progressive de ce texte d'une campagne
d'explication auprès des populations rurales de manière à
aller effectivement dans le sens d'une véritable sécurisation
foncière.
b. proposera un amendement dans le sens d'une meilleure protection des droits
acquis les dispositions de l'article 26 de la loi relative aux héritiers
des propriétaires de terre détenteurs de droits antérieurs
à la promulgation de la loi mais ne remplissant pas les conditions
d'accès à la propriété fixées par son article
1.
V - Médias
1) La Table Ronde condamne les incitations à
la haine et à la xénophobie qui ont été propagées
par certains médias.
2) Le gouvernement de réconciliation nationale reprendra dans le délai
d'un an l'économie générale du régime de la presse
de manière à renforcer le rôle des autorités de
régulation, à garantir la neutralité et l'impartialité
du service public et à favoriser l'indépendance financière
des médias. Ces mesures pourront bénéficier du soutien
des partenaires de développement internationaux.
3) Le gouvernement de réconciliation nationale rétablira immédiatement
la libre émission des médias radiophoniques et télévisés
internationaux.
VI - Droits et libertés de la personne humaine
1) Le gouvernement de réconciliation nationale
créera immédiatement une Commission nationale des droits de
l'homme qui veillera à la protection des droits et libertés
en Côte d'Ivoire. La Commission sera composée des délégués
de toutes les parties et présidée par une personnalité
acceptée par tous.
2) Le gouvernement de réconciliation nationale demandera la création
d'une commission internationale qui diligentera des enquêtes et établira
les faits sur toute l'étendue du territoire national afin de recenser
les cas de violation graves des droits de l'homme et du droit international
humanitaire depuis le 19 septembre 2002.
3) Sur le rapport de la Commission internationale d'enquête, le gouvernement
de réconciliation nationale déterminera ce qui doit être
porté devant la justice pour faire cesser l'impunité. Condamnant
particulièrement les actions des "escadrons de la mort "
et de leurs commanditaires ainsi que les auteurs d’exécutions
sommaires sur l’ensemble du territoire, la Table Ronde estime que les
auteurs et complices de ces activités devront être traduits devant
la justice pénale internationale.
4) Le gouvernement de réconciliation nationale s'engagera à
faciliter les opérations humanitaires en faveur des toutes les victimes
du conflit sur l'ensemble du territoire national. Sur la base du rapport de
la Commission nationale des droits de l'homme, il prendra des mesures d'indemnisation
et de réhabilitation des victimes.
VII - Regroupement désarmement démobilisation
1) Dès sa prise de fonctions, le gouvernement
de réconciliation nationale entreprendra le processus de regroupement
concomitant des forces en présence sous le contrôle des forces
de la CEDEAO et des forces françaises.
2) Dans une seconde phase il déterminera les mesures de désarmement
et de démobilisation, qui seront également menées sous
le contrôle des forces de la CEDEAO et des forces françaises.
3) L'ensemble des recrues enrôlées depuis le 19 septembre seront
immédiatement démobilisées.
4) Le gouvernement de réconciliation nationale assurera la réinsertion
sociale des militaires de toutes origines avec l'appui de programmes de type
Désarmement Démobilisation Rapatriement Réinstallation
Réinsertion (DDRRR) susceptibles d'être mis en œuvre avec
l'appui des partenaires de développement internationaux.
5) Le gouvernement de réconciliation nationale prendra les mesures
nécessaires pour la libération et l'amnistie de tous les militaires
détenus pour atteinte à la sûreté de l'Etat et
fera bénéficier de la même mesure les soldats exilés.
La loi d'amnistie n'exonèrera en aucun cas les auteurs d'infractions
économiques graves et de violations graves des droits de l'homme et
du droit international humanitaire.
6) Le gouvernement de réconciliation nationale procèdera à
un audit de ses forces armées et devra déterminer dans un contexte
économique difficile le niveau des sacrifices qu'il pourra consentir
pour assurer ses obligations en matière de défense nationale.
Il réalisera sur ces bases la restructuration des forces armées
et demandera à cette fin des aides extérieures.
VIII - Redressement économique
et nécessité de la cohésion sociale
1) Le gouvernement de réconciliation nationale
rétablira la libre circulation des personnes et des biens sur tout
le territoire national et facilitera la reprise des activités scolaires,
administratives, économiques et sociales.
2) Il préparera dans un bref délai un plan de reconstruction
et de développement des infrastructures, de relance de l'économie
nationale, et de renforcement de la cohésion sociale.
3) La Table Ronde recommande aux institutions internationales et aux partenaires
de développement internationaux d'apporter leur concours au processus
de redressement de la Côte d'Ivoire.
IX - Mise en oeuvre
Le gouvernement de réconciliation nationale veillera à ce que
les réformes constitutionnelles, législatives et réglementaires
que nécessitent les décisions qu'il sera appelé à
prendre interviennent dans les meilleurs délais.
![]()
Groupe de recherche et d'information
sur la paix et la sécurité
70 Rue de la Consolation, B-1030 Bruxelles
Tél.: +32.2.241 84 20 - Fax : +32.2.245
19 33
Internet : www.grip.org
- Courriel : admi@grip.org
Copyright © GRIP - Bruxelles/Brussels, 2003 - Webmaster
La reproduction des informations contenues sur ce site est autorisée, sauf à des fins commerciales, moyennant mention de la source et du nom de l'auteur.
Reproduction of information from this site is authorised, except for commercial purposes, provided the source and the name of the author are acknowledged.